La Fresque du Climat : des cartes pour comprendre le dérèglement climatique

La Fresque du Climat : des cartes pour comprendre le dérèglement climatique

Et si le jeu était la méthode la plus efficace pour sensibiliser les personnes à la cause climatique ? C'est le pari que fait la Fresque du Climat, une association qui anime des ateliers ludiques pour expliquer le fonctionnement et les mécanismes du dérèglement climatique depuis décembre 2018. Reportage.

Savez vous ce qu’est le permafrost ou le forçage radiatif? Même si vous êtes un écolo convaincu, difficile de maîtriser tous les mécanismes expliqués dans les rapports du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU (GIEC) sur le dérèglement climatique.

C’est justement pour le rendre plus accessible, ludique et concret que Cédric Ringenbach, ex-directeur de Shift, un think tank visant à décarboner l’économie, a inventé le jeu “Fresque du Climat”. L’outil s’est avéré si efficace, que Cédric Ringenbach a décidé de créer une association en décembre 2018 pour se dédier entièrement à l’organisation d’ateliers de “Fresque du Climat” et à la formation de ses animateurs – tous bénévoles – dans une petite salle de Brightcity, un espace qui accueille des projets à vocation sociale ou artistique. Jusqu'à présent, plus de 900 parties de fresque ont été jouées, 650 animateurs formés et plus 5000 personnes y ont participé (majoritairement à Paris).

Mais l’association veut aller encore plus loin, l’objectif étant de faire jouer plus d'un million de personnes en 5 ans et de former au moins animateur dans chaque grande ville de France. Les ateliers, organisés au moins tous les deux premiers mardi du mois, durent près de trois heures et peuvent compter jusqu'à 30 personnes pour un tarif individuel de 15 euros, essentiellement pour couvrir les frais de la location de la salle. Certains ateliers suivant le même format sont aussi proposés exclusivement pour les enfants.

Un atelier pour sensibiliser à la cause climatique


Ce mercredi après-midi, c’est Stéphane Kersulec
, formé en mars 2018, qui animera l’atelier. Il attend huit personnes. Stéphane nous raconte que, découragé par l’absence de “sens social” de son métier, la découverte de la Fresque du Climat a été pour lui l’occasion de faire une activité qui “lui permettra de laisser une trace positive” derrière lui. En même temps qu’il nous parle, il prépare le matériel nécessaire à la réalisation de deux fresques: une grande table recouverte de papier, 5 lots de cartes, des crayons, des gommes et des feutres.


Stéphane est soudainement pris de court : tous les participants sont arrivés avec un quart d’heure d’avance. Des profils différents se présentent: un étudiant en école de commerce, un employé de Nissan, deux institutrices, deux chargées de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE), un conseiller financier dans le domaine de l'énergie et une retraitée.

Certains ont des objectifs bien définis: se servir de ce jeu dans leurs entreprises ou dans leurs écoles pour sensibiliser leurs employés ou élèves à la question du dérèglement climatique. Le spécialiste en énergie est quant à lui plutôt venu moins pour s’informer que pour se mesurer au jeu : “c’est l'occasion de mettre mes connaissances à l’épreuve!” dit-il, intimidant une autre participante qui avoue “ne pas connaître grand chose au climat” et s’être retrouvée là “un peu par hasard”.

Un jeu collaboratif, pédagogique et créatif


Avant que le jeu ne commence, Stéphane réconforte les participants: novices comme experts, tous peuvent jouer ensemble. Il les divise en deux groupes, chacun réalisera sa fresque. Il distribue un premier lot de carte, deux par personne. Toutes possèdent un titre différent: “activités humaines”, “industrie”, “transport”, “énergies fossiles”, “agriculture” ou encore “Effet de serre additionnel”, “perturbation du cycle de l’eau”. Stéphane donne les instructions: “vous devez trouver les liens de cause à effet entre les différentes cartes en les reliant avec des flèches tracées au crayon”.





Heureusement, derrière ces cartes, se trouvent quelques explications concernant l’impact de ces activités en termes d’émission de CO
2, des informations précieuses destinées à faciliter et accompagner les participants dans la conception de leur fresque. Aux cartes “standard” s’ajoutent des plus complexes. Leur titre mentionne le “budget énergétique” ou ”le forçage radiatif” -- déjà entendu parlé? Tout le monde les regarde avec des grands yeux -- même le spécialiste de l’énergie. Stéphane les rassure: “ce ne sont que des cartes bonus”.

Après le premier lot de carte, Stéphane en distribue un deuxième, puis un troisième et un quatrième. À chaque fois, chaque membre du groupe lit à voix haute le titre de ses cartes et les explications au verso, puis discute avec ses collègues de l’ordre dans lequel ces cartes doivent être placées avant de les poser sur la table. Ils gribouillent des flèches, les effacent, les retracent. L’atmosphère s’épaissit, les sourcils se froncent, les neurones sont en pleine ébullition.

 

Apprendre beaucoup en peu de temps


Stéphane distrait les participants par une question: “
qu’est-ce l’effet de serre ?” Silence, tout le monde est embarrassé. Chacun en a entendu parler mais personne n’est capable de le définir précisément… Stéphane intervient et l’explique avec une aisance remarquable : “c'est comme une grande couette qui maintient la planète au chaud et permet la vie sur Terre. Mais en ce moment on rajoute trop de plumes, et la planète surchauffe”. Et puis il revient sur une carte qui liste les trois principaux gaz qui sont à l’origine de ce phénomène: le méthane, le protoxyde d'azote et surtout le CO2. Les visages se détendent. “Dit comme ça, on le retiendra”, reconnaît une des participantes.


Les équipes reprennent du courage, et se remettent à la tâche. Un groupe bloque sur le lien entre les cartes: “fonte de la banquise”, “fonte des calottes glaciaires” et “fonte des glaciers” : les trois sont à l’origine de la “montée d’eau des océans”, non ? Stéphane se permet alors de suggérer une piste: “Que se passe t-il quand un glaçon fond dans un verre d’eau? L’eau déborde?” Non…. Et si ce glaçon était au dessus du verre? Ah, dans ce cas, oui. La banquise ne dépasse pas le niveau de l’eau, contrairement aux calottes glaciaires (Groenland et Antarctique) et aux glaciers (comme Chamonix). Ce ne sont donc que ces derniers qui font augmenter le niveau des océans.

 

Le cinquième lot de cartes ou le cercle infernal


Les flèches fusent, les cartes glissent, les idées s’entrechoquent. Le groupe vit, se fatigue, et rit. Dès que ça bloque, Stéphane encourage les équipes et leur donne quelques pistes qui les redirige vers le bon chemin.

Et puis… finalement, quand Stéphane distribue le cinquième et dernier lot de cartes, la bonne humeur se dissipe brusquement. Ce dernier lot contient les cartes des conséquences ultimes du dérèglement climatique pour le genre humain : “problèmes de santé”, “famine”, “conflits armés”, “réfugiés climatiques”. Ici, sans hésiter, les deux groupes relient toutes ces cartes entre elles par des flèches formant ce que Stéphane appelle “le cercle infernal” ultime du dérèglement climatique. Une participante constate “le début de la fresque commence par l’homme et finit avec l’homme”.



Une fois que toutes les cartes sont posées dans le bon ordre et liens de cause à effet correctement tracées, les participants repassent les flèches avec un feutre et choisissent un titre pour la fresque. D’un côté, les participants s’accordent sur “le syndrôme de la grenouille”, en référence à la grenouille qui, placée dans une eau se réchauffant peu à peu, ne perçoit pas le danger et finit par mourir ébouillantée.

 

Le débrief: le temps du débat et des solutions


Une fois les fresques terminées, c’est le moment du débrief. Stéphane s’enquit : “
Comment vous sentez-vous?” Les mots qui reviennent: énervement, frustration, angoisse, impuissance, découragement, solution, motivation, action. Stéphane lui aussi est épuisé, mais sa fresque est une réussite. Satisfaites, les deux représentantes de la RSE et les deux institutrices envisagent déjà d’animer une fresque dans leur lieu de travail respectif.

L’ambiance se fait plus conviviale, les participants se détendent et se mettent à discuter des solutions pouvant être mises en place à échelle individuelle pour freiner le dérèglement climatique. Une participante avance l'idée qu'il faudrait faire l’effort de regarder moins de streaming sur Youtube ou Netflix. Si internet était un pays: ce serait le troisième le plus énergivore ! Le jeune étudiant grimace…



Les institutrices quant à elles réfléchissent plutôt à la façon de pousser leurs élèves à être plus soucieux de leur consommation sans pour autant les heurter. “Il faut trouver cet équilibre”, résume l’une d’entre elles. D’autres s’échangent des ouvrages à lire sur l’écologie, ou parlent des élections européennes: quel programme est le plus soucieux du climat?

S’il est impossible de retenir toutes les informations apportées par le jeu de la Fresque du Climat, il y a tout de même une conclusion que tout le monde a retenu: il faut stopper les émissions de C02 au plus vite.



 

 

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