[Tribune] La cité du futur sera végétale ou ne sera pas !

[Tribune] La cité du futur sera végétale ou ne sera pas !

Hugo Meunier, fondateur de la startup Merci Raymond, signe ici une tribune pour nous inviter à réintégrer le végétal dans nos villes. Une évolution nécessaire pour nos villes et qui présente de nombreux avantages sociaux et environnementaux.

En 2050, 70% des 9 milliards d’habitants que comptera la population mondiale vivra en milieu urbain. Effritement des liens sociaux, conséquences néfastes sur le bien-être et la santé des habitants, réchauffement climatique, pollution atmosphérique… ce phénomène de concentration urbaine va inévitablement s’accompagner de problématiques importantes auxquelles les agglomérations devront faire face.

Si changer le visage des villes est une démarche longue et complexe, notamment en France en raison de notre patrimoine historique et des traditions architecturales, on constate déjà l’apparition de nombreuses innovations centrées sur le végétal. Des innovations qui devront, pour rendre la vie quotidienne des urbains moins anxiogène, dessiner le visage de nos quartiers dans les prochaines années.

Fermes maraîchères, toits potagers, cultures en sous-sol… le quartier sera productif


Il est primordial d’améliorer l’usage de nos espaces publics à travers l’installation de lieux productifs partout où cela est possible. Friches, toitures, sous-sols… les innovations en termes de productions maraichères permettent déjà la mise en place de potagers dans ces différents endroits, qui restent encore souvent inoccupés.

Il est ainsi possible de développer de véritables fermes productives urbaines intégrant des innovations comme les panneaux verticaux. Ce type de ferme verticale ne consomme que le strict minimum des ressources naturelles nécessaires à son bon fonctionnement grâce à un système intelligent et permet ainsi une production locale d’herbes aromatiques et de petits fruits et légumes sur nos toits. 

D’autres formes de cultures innovantes comme l’aquaponie (culture de végétaux en symbiose avec des poissons) ou l’hydroponie (culture hors-sol via un substrat inerte) offrent la possibilité de produire micro-pousses et légumes dans des endroits clos comme les sous-sols !

Autant de méthodes permettant de développer l’agriculture urbaine et par la même occasion une consommation en circuit-courts de produits ultra-frais. Un écosystème de quartier qui entraînera de fait une meilleure connaissance des habitants sur la localité des fruits et légumes et leur saisonnalité (lorsqu’ils sont produits en extérieur), essentielle au mieux-consommer. 

Espaces verts et jardins partagés, la nature au service du bien-être et du lien social


Ces dernières années, de nombreuses études ont constaté que la présence de végétaux en ville a un impact considérable sur le bien-être des individus : diminution du stress ressenti, amélioration des capacités de concentration et de patience, source de motivation à la pratique d’activités physiques (vélo, course à pieds)… Il a même été prouvé que commencer par regarder une plante en se levant permet de passer une meilleure journée.

Or, nos villes manquent aujourd’hui cruellement d’espaces verts : Paris compte seulement 8% d’espaces végétalisés, après Londres (12%) et Montréal (25%). Il est donc essentiel de redonner une place de choix à la nature dans le milieu urbain, via la création de nouveaux espaces verts d’une part, mais également à travers la mise en place de jardins partagés.

Ces lieux d’échange et de partage, au-delà des actions pédagogiques qui peuvent y être menées, permettent de recréer du lien social ainsi qu’une forme de solidarité entre les habitants d’un même quartier (qui souvent se croisent sans se connaître) à travers une action positive : le jardinage. La multiplication de ces potagers communs pourrait même à terme créer de nombreuses vocations de jardiniers urbains, notamment parmi la jeune génération de plus en plus en quête de sens dans son travail.

Lutte contre la pollution et agrothérapie, le vert comme outil de santé publique 


Si les plantes possèdent d’innombrables vertus, la réintégration massive des végétaux au sein de nos villes pourrait notamment lutter efficacement contre deux des principaux enjeux environnementaux de notre époque : la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique.

Via la photosynthèse, les végétaux ont la capacité d’absorber les gaz polluants de manière très efficace : une seule plante suffit pour dépolluer 10m2 ! Mais le végétal pourrait également être un frein efficace à l’augmentation exponentielle des températures en ville.

Outre l’ombre des arbres, l’évapotranspiration des végétaux permet de rafraîchir l’air en l’humidifiant et évite ainsi la création d’îlots de chaleur. Une augmentation de la surface végétalisée parisienne de 34 % permettrait par exemple de perdre jusqu’à 2 °C lors d’une canicule semblable à celle de 2003[1], et par là même de diminuer la mortalité en ces périodes de fortes chaleurs.


Les espaces verts sont donc un véritable outil de santé publique, améliorant aussi bien l’état de santé autodéclaré des habitants que leur état diagnostiqué par un médecin. Une hausse de 10 % de la densité d’espaces verts ferait même économiser à la Sécurité Sociale près de 100 millions d’€ par an du fait de la réduction de l’asthme et de l’hypertension.

De nouvelles méthodes de soins telles que l’agrothérapie – qui consiste à traiter les patients à travers la nature et les plantes – pourraient également être mis en place dans les hôpitaux de nos villes.

Un quartier vert serait donc synonyme d’habitants bien portants - aussi bien physiquement que mentalement – qui s’entraident davantage, redonnent du sens à leur vie quotidienne et consomment local. Un paysage qui peut certes paraître utopique et qui ne sera rendu possible qu’à la condition que chacun agisse à son échelle et que nos pouvoirs publics prennent réellement conscience de l’étendue des bienfaits de la nature en ville.

Une chose est sûre : nous disposons, aujourd’hui déjà, de tous les moyens techniques pour créer les villes et quartiers de demain !



Hugo Meunier est le fondateur de Merci Raymond, une start-up créée en 2015 qui a la volonté de redonner une place au végétal dans le milieu urbain en France, en participant à des actions à multiples échelles. En deux ans, elle a déjà fédéré plus de 3 000 mains dans la terre, végétalisé 5 000m2 d’espace en milieu urbain, et planté pas moins de 15 000 végétaux dans 8 villes de France.

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