La plus grande ferme aquaponique urbaine de France a ouvert à Aubervilliers

La plus grande ferme aquaponique urbaine de France a ouvert à Aubervilliers

La start-up Sous les fraises a mis au point la première ferme aquaponique de région parisienne, et la plus grande de France. Une technique d'agriculture durable et vertueuse, qui consiste à créer un écosystème mêlant l'élevage de poissons et la culture de végétaux.

Des fruits, des légumes, des fleurs et des aromates poussent dans des poches accrochées sur des murs verticaux, formant un paysage inhabituel, savant mélange de nature et de « low tech ». Citronnelle, thym, menthe et basilic diffusent leur odeur enivrante tandis qu’une tomate groseille fait surgir le souvenir oublié du véritable goût de ces fruits si souvent insipides dans les rayons des supermarchés. « Les végétaux sont cueillis à maturité, sans transport ni entreposage, et on ne choisit que des variétés qui ont du goût », confirme Marie Dehaene, ingénieure en agronomie au sein de la start-up Sous les fraises à l’origine de ces permacultures verticales.

Depuis plusieurs années déjà, la jeune pousse fait rayonner l’agriculture urbaine en habillant les toits de la capitale, au BHV Marais, aux Galeries Lafayette et au centre commercial So Ouest à Levallois. Elle a franchi un nouveau cap en ouvrant ce printemps une ferme aquaponique urbaine à Aubervilliers, au cœur du parc d’affaires ICADE Porte de Paris.

Une technique agricole ressurgie du passé


Derrière cette appellation encore peu connue, une technique agricole millénaire : la rizipisciculture, qui consiste à associer l’élevage de poissons et la culture de riz, est pratiquée en Chine depuis le IVème siècle tandis qu’en Amérique latine, les Aztèques ont eux aussi longtemps cultivé des végétaux selon le principe de l’aquaponie avec les chinampas, sortes de jardins flottants.


© Sophie Kloetzli

C’est le même principe qu’a adopté Sous les fraises dans sa ferme aquaponique : un écosystème en circuit fermé, où les déjections des poissons servent d’engrais aux plantes cultivées. Ces dernières absorbent les nutriments pour se développer, tout en purifiant l’eau. L’eau ainsi filtrée retourne ensuite dans le bassin des poissons : le cycle peut recommencer. À terme, la ferme devrait accueillir 5 000 poissons et plus de 8 000 plantes, fleurs comestibles et aromates.

Permaculture vs agriculture intensive


OGM, pesticides, engrais chimiques… Tous les maux de l’agriculture intensive sont absents de l’aquaponie. Son système d’irrigation en circuit fermé lui permet de limiter sa consommation en eau : des capteurs intégrés aux murs suivent avec précision les besoins des plantes, évitant tout arrosage inutile, par exemple en temps de pluie. À noter qu’une partie de l’eau se volatilise toutefois par évaporation.

Et surtout, le système se passe de tout produit chimique puisqu’il est alimenté à partir d’engrais naturels. Même les poches dans lesquelles poussent les plantes sont tissées à partir d’un mélange (biodégradable) de chanvre, de laine de mouton et de terre. En cas de présence de pucerons, précise Marie Dehaene, il suffit d’introduire des coccinelles pour les faire disparaître.

Ces pratiques vertueuses enregistrent toutefois des rendements inférieurs aux techniques d’agriculture intensive : 10 kg par mètre carré pour les végétaux de la famille des solanacées (tomates, piments, poivrons…). En comparaison, on produit en moyenne en France 18,6 kg de tomates par mètre carré, selon une étude de l’ONU en 2016.

Encourager le local


À partir des végétaux cultivés sur ses différents sites en région parisienne, Sous les fraises a lancé sa marque d’épicerie fine en collaboration avec des artisans locaux baptisée Farmhouse. La confection de pesto et de sauce tomate est confiée à un traiteur italien du 17ème, tandis que son gin et sa vodka aux aromates sont produits à la Distillerie de Paris dans le 10ème. Ses truites sont quant à elles issues de la pisciculture de Villette et fumées dans un fumerie en Seine-et-Marne. « Notre but est d’encourager le local, de montrer que c’est possible », explique Marie Dehaene. Ses produits sont ainsi disponibles dans des pop-up stores aux Galeries Lafayette et au centre commercial So Ouest, à quelques mètres de ses jardins suspendus sur ses toits, ainsi que sur son e-shop.


© Sophie Kloetzli

Des produits de grande qualité (qui ont leur coût), attirant notamment la convoitise de grands chefs étoilés. « On cueille parfois les végétaux vers 5h du matin pour que ça soit prêt dans les cuisines des restaurants très tôt le matin », raconte-t-elle. « Il y a une vraie valeur ajoutée du cueillis frais, par rapport aux circuits traditionnels ». Avant d’évoquer les hémérocalles, ou lis d’un jour, une fleur comestible éphémère qui sublime les plats gourmets…

Sensibiliser les citadins à l’agriculture


La ferme aquaponique d’Aubervilliers se veut aussi pédagogique. Elle ouvre parfois ses portes au grand public, qui est invité cueillir des plantes à l’occasion d’événements et de portes ouvertes – « mais pas tout le temps, sinon on serait dépouillés ! », plaisante Marie Dehaene. « Certaines activités ont lieu ici parce qu’il s’agit d’un endroit inspirant, qui a du sens  », ajoute-t-elle avant de les énumérer : séminaires, afterworks, brunchs, ateliers d’initiation, yoga… La ferme accueille aussi régulièrement des écoliers qu’elle souhaite sensibiliser à l’agriculture urbaine, et en faire de « futurs adultes faisant des choix alimentaires éclairés ».

L’aquaponie elle-même peut être reproduite chez soi. « C’est l’échelle qui fait la complexité des choses : c’est tout un système qu’il faut équilibrer sans cesse », explique-t-elle. Une ferme aquaponique de la taille de celle de Sous les fraises requiert une expertise en matière de plantes et de poissons. Un savoir-faire encore rare, à l’heure où les fermes aquaponiques commencent tout juste à essaimer en France.

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