À L'Atelier des Lumières, une IA poète est née

À L'Atelier des Lumières, une IA poète est née

L'Atelier des Lumières a ouvert ses portes dans le 11ème arrondissement de Paris le 13 avril dernier. Si Gustav Klimt est mis à l'honneur dans ce nouveau centre d'art numérique, c'est "Poetic AI" qui a retenu l'attention de Socialter.

Au numéro 38 de la rue Saint Maur, dans le 11ème arrondissement de Paris, une ancienne fonderie datant de 1835 a été réhabilitée en un nouvel espace culturel de 2000 mètres carrés. Bienvenue à l’Atelier des Lumières.

Plongé dans l’obscurité de la Halle, le public déambule sur un tapis pictural projeté par les 120 vidéoprojecteurs sur 3300 mètres carrés de surface, du sol au plafond. Du célèbre Arbre de vie de Gustav Klimt, en passant par les dessins de l’artiste viennois Egon Schiele et les peintures de Friedensreich Hundertwasser, les oeuvres apparaissent et s’animent, dans une ambiance sonore spécialement pensée pour rythmer la mise en mouvement des images.


Dessine-moi une galaxie

 

Calfeutré derrière un mur de la Halle, le Studio est un espace dédié à la création contemporaine. Lorsque l’on pousse la porte donnant sur ce bar ambiance loft aux lumières tamisées, le design sonore créé par Mehmet Unal emplit l’espace. Des flashs lumineux bombardés frénétiquement sur les trois façades de la pièce forment une sorte de galaxie qui avale le spectateur.

Cette installation est l’oeuvre d’une intelligence artificielle devenue poète. Pendant dix-sept minutes, tout s’enchaîne très rapidement, le public reste assis, captivé. Des enfants se collent aux murs en essayant de suivre ou d’attraper les formes géométriques mouvantes. Le corps et l’esprit fusionnent avec l’espace, absorbés par cet univers mystérieux et indéchiffrable.

Rendre en image l’infiniment petit

 

Michael Couzigou, directeur de l’Atelier des Lumières, souhaitait que ce lieu “offre au public l’expérience d’immersion dans une oeuvre d’art et puisse “montrer la palette de ce qui peut être fait dans les arts numériques”. Pour l’ouverture, c’est donc un collectif en accord avec l’esprit du lieu qui a été choisi. Le Collectif Ouchhh et les artistes Ferdi Alici et Eylul Duranagac, basés à Istanbul, ont notamment développé “un domaine artistique à part entière autour de l’intelligence artificielle”, explique Michael Couzigou.

Poetic AI, fruit de cette démarche, a été conçu comme une invitation à un voyage onirique généré par un algorithme t-SNE (t-distributed stochastic neighbor embedding). Il s’agit d’un algorithme d’apprentissage automatique pour la visualisation de big data : “une technique développée à la base pour trouver des occurrences” précise le directeur de l’Atelier des Lumières.

Les publications numérisées des plus grands scientifiques, de Hawking à Einstein, ont été collectées. Ces millions de lignes de textes ont été intégré dans l’algorithme qui a “brassé” ces données pendant plusieurs semaines. L’algorithme t-SNE trouve ensuite des similitudes, des occurrences, et les organisent en une matrice de particules créant des formes géométriques à l’écran : “c’est le fruit d’une expérience générée par l’intelligence artificielle”.

 

L’IA rêve-t-elle de moutons électriques ?

 

L’oeuvre se veut une “matérialisation de la "réflexion” de l’intelligence artificielle” explique Michael Couzigou. “C’est comme si vous visualisiez l’intelligence artificielle en live (ici, il s’agit d’un enregistrement) quand elle fouille dans ces données.”

Cette installation vise aussi à questionner le public sur la création artistique contemporaine : dans quelle mesure la production d’une oeuvre via une technologie d’intelligence artificielle peut-elle être considérée comme de l’art ? Quelle est la frontière entre la performance scientifique et artistique ? Puisque Poetic AI se fonde sur des informations et un procédé algorithmique, l’intelligence artificielle peut-elle ainsi être considérée comme co-auteur voire auteur de l’oeuvre ?

 

L’IA, collaboratrice ou artiste ?

 

Le débat est réouvert, car il ne date pas d’hier. Dès 1950, Nicolas Schöffer et Tinguely - tous deux sculpteurs et plasticiens - ont fait figure de pionniers en utilisant des robots au service de leur art. “Désormais, l’artiste ne crée plus une oeuvre, il crée la création” – Schöffer avait raison, en 1956, il développe CYSP 1 en collaboration avec l’industriel Philips. Il s’agit de la première sculpture cybernétique de l’histoire de l’art : le robot devient alors co-auteur de l’oeuvre générée.

 

Aujourd’hui, c’est l’intelligence artificielle qui est au coeur des réflexions. Elles ont notamment été relancé en 2015 avec Deep Dream, un projet de recherche sur l’apprentissage des machines lancé par Google. Ce programme d’intelligence artificielle génère des oeuvres à partir d’images pré-existantes.  

Le débat dépasse désormais la question de la simple collaboration : l’IA sera t-elle amenée, in fine, à se substituer à l’artiste ? Stephen Hawking, célèbre astrophysicien décédé en mars dernier, avait déclaré en 2014 dans un entretien à la BBC qu’il craignait que “les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés” par l’intelligence artificielle. Cette théorie pourrait-elle s’appliquer aussi à l’art ?

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