Peas & Love : à louer, potager sur toit

Peas & Love : à louer, potager sur toit

Peas & Love inaugurait sa ferme potagère le jeudi 3 mai. Le concept ? Des parcelles individuelles, sur le toit d'un hôtel du 15ème arrondissement de Paris, gérées par un "community farmer" pour des clients citadins, les "urban farmers".

C’est dans le restaurant de l’hôtel Yooma que les présentations sont faites. Jean-Patrick Sheepers, le fondateur du projet Peas & Love est accompagné par Arno Faivre, bioingénieur de formation. Sur le toit du bâtiment avec vue sur la Seine, entre les colonnes d’immeubles parisiens, 1000m² de surface découpés en 250 parcelles individuelles de 3m² – déjà toutes louées !

Peas & Love propose à ses clients de louer une parcelle qu’ils choisissent, en s’engageant sur 12 mois. Chacune d’entre elles comportent 71 emplacements de plantes – ce qui représente en moyenne une production de 30 kilos de fruits, légumes et aromates par an. Les "urban farmers"sont tenus informés de l’évolution de leur potager grâce à une application smartphone et des "e-news" hebdomadaires. Ils peuvent accéder au toit du mercredi au dimanche, sur les horaires d’ouverture, grâce à un badge sécurisé.

50 parcelles sont réservées au chef cuisinier du restaurant de l’hôtel, Dimitri Szydywar, qui souhaite "devenir complètement autonome en aromates". Un objectif "tout à fait réalisable" selon Arno, le "community farmer".  Le reste des parcelles est loué par des riverains qui, pour la plupart, ont découvert le projet en le voyant s’installer depuis leurs fenêtres et balcons : "certains n’avaient jamais vu un radis pousser" s’étonne Jean-Patrick Sheepers.

© Guillaume Czerw


“Reconscientiser” les clients

 

Déambulant entre les feuilles de roquette et la ciboulette, Jean-Patrick Sheepers s’accorde une pause devant les fraisiers : "vous voyez, sur ces plants il n’y a pas encore de fruit, ils viennent juste de fleurir." En se reconnectant à la nature, à la saisonnalité, les clients peuvent s’interroger sur leur consommation et, in fine, "adopter une alimentation plus saine".

Même s’il salue l’émergence des jardins partagés, des potagers collectifs et autres initiatives permettant aux citoyens de renouer avec la terre, il souhaite proposer une alternative complémentaire pour la population qui "n’a pas le temps, les connaissances et la place" nécessaire pour jardiner elle-même.

Arno a quant à lui toujours été passionné par la bio et l’agriculture durable. Après avoir travaillé au Canada et en Italie dans les oliveraies, il a été "dégoûté de l’univers de la recherche" car il n’avait pas l’impression d’avoir un rôle à jouer. Aujourd’hui, il tient à transmettre une image dépoussiérée du métier d’agriculteur et réapprendre le respect du produit. Mise en place, plantation et entretien des parcelles, il s’occupe de tout, "sauf de la récolte". Il programme également des ateliers : "les premiers ateliers vont se concentrer sur la récolte. Ensuite ça peut être plein de choses : la conservation des produits, le compost, le zéro déchet, la transformation culinaire. J’ai même pensé à organiser des "disco soupes"pour toucher plus de monde".  

Un service qui a un coût pour le client puisqu’ils devront débourser 38 euros par mois. 
Un budget mineur pour certains, plus conséquent pour d’autres mais avant tout "un investissement" sur le long terme comme s’attache à dire Jean-Patrick Sheepers. "Nos clients s’y retrouvent car ils font des économies d’un autre côté. Ce sont globalement des familles, de jeunes parents, il y a aussi quelques personnes âgées" précise t-il, "on est le reflet du quartier dans lequel on s’implante".

 © Letizia Camboni


L’agriculture nouvelle génération

 

En concrétisant ce projet, le fondateur de Peas & Love a réalisé à quel point l’agriculture traditionnelle avait été "atomisée" : "Tout est segmenté, il n’y a aucune communication entre les différents acteurs, aucune approche logistique."  Les parcelles regroupant tous ces composants (substrats, irrigation…) à petite échelle, il a fallu trouver des solutions communes : "quand j’ai réuni ces acteurs autour d’une table, certains ne s’étaient jamais rencontrés" dénonce Jean-Patrick Sheepers.  Habitués à considérer une approche globale, les leaders du marché sont parfois déconnectés des réalités du système.

L’agriculture urbaine est polymorphe et est un laboratoire d’inspiration pour l’agriculture moderne – c’est ce que prône Jean-Patrick Sheepers. Les plants proviennent de l’agriculture biologique, en circuit court : "à moins de 300 kilomètres, et ça nous paraît déjà beaucoup". Ils souhaiteraient pouvoir travailler avec les agriculteurs de la région, et "pourquoi pas ouvrir un point de dépôt" pour permettre aux clients de s’approvisionner de produits qu’il n’est pas possible de cultiver sur les toits.

La demande est effective puisque ce sont quelques "700 personnes qui ont manifesté leur intérêt" au projet, sans qu’il n’y ait plus d’espace disponible. Entre 100 et 150 fermes devraient voir le jour d’ici cinq ans, dont une trentaine à Paris.

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