Plan du gouvernement sur l'économie circulaire : entre bon sens et flou artistique

Plan du gouvernement sur l'économie circulaire : entre bon sens et flou artistique

En visite à Mayenne, Édouard Philippe a dévoilé cinquante mesures en faveur du recyclage et de la réduction des déchets.

Le gouvernement a publié lundi 23 avril 2018 sa feuille de route pour l’économie circulaire. Un ensemble de cinquante mesures attendues par les associations qui militent pour la réduction des déchets. En visite à l’usine Seb-Moulinex de Mayenne, le Premier ministre a annoncé vouloir “réduire de moitié la mise en décharge et tendre vers le recyclage de 100% du plastique d'ici 2025”.

L’accent est mis sur le levier fiscal avec des mesures de soutien au développement de la tarification incitative. Ce mode de financement de la gestion des déchets consiste à faire payer les usagers en fonction de leur quantité de déchets produits (l’objectif étant de jeter moins pour payer moins).

Le Premier ministre a également annoncé l’augmentation de la taxe sur les décharges et les incinérateurs. “La mise en décharge est aujourd’hui plus lucrative que le recyclage”, a-t-il déploré, “il faut rendre le recyclage compétitif”.

 

Responsabilisation des producteurs

 

 

De nouvelles filières de “responsabilité élargie du producteur” (REP) devrait être créées pour des objets comme les jouets ou les articles de sport, qui n’étaient jusqu’ici pas concernés par le dispositif. Les filières REP ont pour objectif de rendre le producteur responsable de son produit une fois celui-ci inutilisable. Cette responsabilisation passe pas une participation à la gestion des déchets via une "éco-contribution" financière.

Selon l'idée du “pollueur-payeur”, un tel principe pourrait aussi être appliqué sur la production de cigarettes. Le ramassage des mégots serait ainsi financé par les cigarettiers, et non plus par les collectivités locales.

Autre mesure : l’obligation d’afficher une “information simple de réparabilité” à partir de 2020 pour les constructeurs d’équipements électriques et électroniques (électroménagers, matériels de bricolage). Cette information prendra la forme d’un indice sur le modèle de l’étiquette énergie.

Initialement, cette étiquette informative devait être facultative, laissée à l’appréciation des fabricants. En la rendant obligatoire, le gouvernement répond à une des exigences des associations mititant pour le “zéro déchet”. Mais le contenu précis des informations pris en compte par l'étiquette reste flou, et la feuille de route renvoie à de futures concertations avec les parties prenantes. 

Du bon sens mais des mesures imprécises selon les associations

 

Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France, association qui milite pour la réduction des déchets, salue des décisions qui vont dans le bon sens, en particulier sur le volet fiscal. “La généralisation de la tarification incitative est une vraie bonne nouvelle, on sait que c’est un des leviers les plus efficaces pour réduire la quantité de déchets”.

En revanche, l’association déplore des mesures souvent imprécises. “Le niveau de détail n’est pas suffisant, l’intention est bonne, mais il faut voir comment cela va se traduire concrètement”, explique-t-elle. L’indice de “réparabilité” par exemple n’est pas une information en tant que tel, selon elle, “tout va dépendre des indicateurs pris en compte”. Le risque étant de se retrouver avec un indicateur trop souple, qui n’inciterait pas les marques à faire des efforts.

Surtout, malgré des intentions sur un recyclage à 100% du plastique d’ici 2025, aucune mesure ne s’attaque aux problèmes causés par ce matériau polluant et parfois difficile à traiter. L’association milite pour que les autorités publiques prennent des mesures plus ambitieuses, telle que la restriction des objets plastiques à usage unique (paille, film alimentaire…) ou bien l’interdiction de certains plastiques impossible à recycler.   


 

 

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