Dans les Landes, les cantines au secours de l'agroécologie ?

Dans les Landes, les cantines au secours de l'agroécologie ?

Coopérative de production maraîchère, l'écoferme de Téthieu est lauréate régionale du concours Ferme d'Avenir. Son ambition : promouvoir l'agroécologie dans les cantines locales. Un levier pour les collectivités qui nécessite toutefois une mobilisation citoyenne et politique.

Dans le sud des Landes, à une dizaine de kilomètres de Dax, Ana, Matthieu et Arnaud (maraîchers), Jean-Michel (éleveur et céréalier) et Jean-Yves (militant pour l’agroécologie) se sont associés pour donner naissance à une coopérative de production maraîchère : l’écoferme de Téthieu.

Tous installés depuis plusieurs années dans la région du Sud Ouest, ces producteurs se sont regroupés en collectif afin de mutualiser les outils de production et d’optimiser leurs ressources. Leur objectif : augmenter la production pour pouvoir approvisionner les cantines locales.

Avec l’aide de Jean-Yves, militant et acteur engagé dans la redynamisation de l’agriculture locale, la coopérative explore d’autres moyens de décrocher des contrats que les Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) auxquelles les maraîchers ont recours pour livrer leurs paniers de fruits et légumes.

La restauration collective fait partie des leviers possibles, mais nécessite un appui militant et politique. "Il s'agit de proposer un objectif concret : une alimentation saine pour nos enfants, qui nous oblige, nous producteurs, mais aussi les parents d'élèves à se réapproprier l'espace collectif et politique", explique Matthieu.

Intégrer aux appels d’offre des critères environnementaux

 

"Sur une commune de 20 000 habitants, on pourrait livrer 4 000 à 5 000 repas par jour. Mais le système d’appel d’offre tel qu’il existe aujourd’hui permet difficilement à l’agroécologie de se positionner et de remporter les marchés", poursuit le maraîcher.

En effet, le critère prépondérant est celui du prix. Et les produits bios issus de l’agriculture raisonnée, s’ils sont plus sains et plus qualitatifs que ceux de l’agro-industrie, sont toujours plus coûteux.

"C’est particulièrement au niveau de la fertilisation des sols que l’écart des prix se creuse entre bio et industriel", explique Matthieu. Là où l’agro-industrie a recours aux pesticides et autres engrais chimiques, permettant une production plus rapide et moins chère, l’agroécologie privilégie le compost ; "ça prend du temps, et les outils de désherbage bio sont assez coûteux", souligne le producteur.

Valoriser des critères environnementaux de production, en terme de respect des sols ou de production biologique, rendraient les appels d’offre plus accessibles aux producteurs locaux et permettrait de développer la consommation de produits locaux.

Pour réduire les coûts en restauration collective, il existe plusieurs leviers, comme par exemple introduire des repas végétariens, pour économiser sur le prix de la viande, souvent l’élément le plus cher dans l’assiette.

L’exemple de la ville de Rennes

 

Confrontée à la pollution des eaux des zones de captage dont elle a la charge, la collectivité Eau du bassin rennais (EBR), syndicat qui distribue l’eau potable aux habitants des 43 communes de Rennes Métropole, a entrepris de développer une politique de prévention à destination des agriculteurs situés sur les bassins versants.

Pour encourager et récompenser les pratiques les plus écologiques en terme de préservation de l’eau, l’EBR a eu l’idée d’utiliser le levier de la restauration collective comme débouché pour les agriculteurs et producteurs locaux, en leur rachetant leur produits pour les collectivités.

L'ERB et la ville de Rennes ont donc lancé un marché expérimental pour un montant et un nombre limité de produits à livrer qui intègre, en plus du critère économique, un critère de durabilité (pondéré à 50%) et un critère de qualité organoleptique et de technique du produit (valorisé à 30%).  

Une démarche qui permet non seulement de protéger les ressources en eau du territoire mais également de valoriser les produits des exploitations agricoles qui s’engagent à faire progresser leur mode de production.

Démocratiser l’agroécologie

 

Sous l’impulsion des producteurs locaux, des collectivités et de la population, la consommation de produits locaux dans les assiettes des salariés et des élèves tend également à progresser sur le bassin de vie basco-landais, même si "ça avance tout doucement", selon Matthieu.

L’écoferme encourage une démocratisation de l’agroécologie pour que les produits bio et locaux profitent au plus grand nombre et pas seulement à ceux qui ont les moyens et le temps de cuisiner.

Dans cette optique et par le biais de la légumerie coopérative de Tarnos, le collectif propose des produits de 4e gamme ; produits agricoles et préparations crues, prêtes à l’emploi : des sachets de pot au feu, des mélanges prêts à cuisiner de légumes frais, des carotte râpées, des potages... Le tout rapide à préparer et conçu à base de produits frais et sains. Ces produits sont distribués dans les cuisines centrales qui fournissent la Ville de Bayonne et se retrouvent donc dans les assiettes des enfants à l’école.

"Pour avancer plus vite, il faut que les parents d’élèves se mobilisent et que les intentions et discours politiques se traduisent dans les appels d'offres avec des critères qui profitent à l’agroécologie", conclut le maraîcher.

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