Solylend : la finance d'impact pour soutenir les pays en développement

Solylend : la finance d'impact pour soutenir les pays en développement

Solylend, contraction de "solidarité" et de "I-lend" pour prêt en ligne, est une plateforme de financement participatif de projets "d'impact". En un an d'existence, elle a levé plus de 400.000 euros. Entretien avec son fondateur, Nicolas Pereira.

Comment a débuté Solylend?
Solylend est né d’une double expérience. J’ai travaillé pour une startup consacrée à l’accès à l’énergie en Afrique. J’ai pu constater l’écart entre les pays développés et émergents dans des domaines tels que l’éducation, le traitement des déchets ou l’agriculture. Des projets sont parfois en phase de développement et ont besoin d’un accompagnement financier, mais les taux d’intérêts moyens pour emprunter en Afrique tournent autour de 15%. La seconde expérience est celle des crises financières successives qui ont jeté un discrédit sur le monde de la finance et notamment des banques. Les particuliers recherchent donc une autre manière de placer leur argent.

Pourquoi n’avoir choisi que le prêt comme méthode de financement des projets?
Le don est efficace dans le cas où il répond à des situations d’urgence, mais il n’a pas montré son efficacité dans les projets de développement. Il est impératif d’activer une logique d’investissement dans des projets qui vont créer des emplois, de la richesse et qui vont permettre à des familles de vivre mieux.

Quels sont les autres avantages du financement par le prêt?
Les prêteurs bénéficient d’un taux de rémunération de 4% à 7%, supérieur au livret A par exemple. Les porteurs de projets structurent une communauté en les incitant à financer leurs activités, et peuvent informer le grand public à travers la presse. Il est aussi plus simple de se financer par la foule, car aujourd’hui les banques européennes sont frileuses à l’idée de financer ce type de projets parce qu’ils seraient en dehors de leur champ d’action.
 

Double analyse des projets


Vous défendez la “finance d’impact”, de quoi s’agit-il?
Elle consiste à mettre l’humain au cœur des projets. Selon nous, il s’agit d’un levier pour chaque citoyen de reprendre le pouvoir sur le financement de l’économie. Quand je consomme un produit, j’accepte indirectement la manière dont est conçu ce bien. De la même manière, lorsque j’investis dans la finance responsable, je choisis le monde dans lequel je veux vivre.

Est-elle en développement?
Oui parce que les personnes sont en recherche de sens. Quand nous en discutons dans l’équipe ou autour de nous, tous sont d’accord pour dire qu’ils détestent leur banquier ou que la finance est folle. La finance d’impact apparaît comme une alternative, tout le monde peut investir dans des projets qui ont un impact social, économique et environnement positif.

Comment sélectionnez-vous les projets?
De deux manières. Tout d’abord, nous faisons une analyse financière de l’entreprise et de son environnement. Nous vérifions que ses fonds propres sont suffisants, que des acteurs du financement d’impact apportent leur soutien à ces structures et que leur trésorerie est positive. Nous allons analyser aussi le business model : comment à l’avenir vont-ils générer suffisamment de revenus pour être dans la capacité de rembourser les prêteurs? Ensuite, nous cherchons à comprendre comment chaque projet entraîne un impact positif, avec une grille d’analyse. Si une entreprise ne rentre pas dans ces critères elle ne pourra pas être financée sur Solylend. Nous souhaitons assurer aux prêteurs que le projet dans lequel ils investissent est fiable.

En cas d'échec des projets, les prêteurs sont-ils remboursés?
Il n’y a pas de garantie de remboursement sur les prêts effectués par nos prêteurs sur notre site de manière générale. En revanche, sur certains projets, des garanties financières sont apportées par les porteurs de projet via une caution solidaire sur le remboursement du prêt. Par ailleurs, afin de limiter les risques de non-remboursement dans le cas d’un retard ou d’un défaut de remboursement d’un porteur de projet, nous engageons des procédures pour récupérer les fonds au nom des prêteurs. 
 

Ticket moyen de 600 euros


Comment informez-vous les prêteurs sur l’avancement des projets?
Tous les trois à six mois nous faisons un point d’étape : combien de personnes ont été impactées, comment a été investi l’argent… Nous demandons aux entreprises de nous envoyer des images des projets et des témoignages de bénéficiaires des solutions mises en place. Nous leur fournissons aussi une grille d’évaluation à partir desquelles nous faisons un contrôle aléatoire sur place pour nous assurer que les porteurs de projets ne mentent pas.

Quels sont les types de projets financés et les profils des investisseurs?
Les grands thèmes que l’on retrouve sont les énergies renouvelables, l’alimentation, l’agriculture, l’éducation, la santé, l’accès à l’eau ou le traitement des déchets. De l’autre côté, les prêteurs proviennent plutôt des catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+). Ce sont des personnes qui se questionnent sur le sens du monde financier. La moyenne d’âge des prêteurs est de 35 ans et le ticket moyen est de 600 euros.

Pourquoi n'avoir choisi d'aider que des pays en développement ?

Nous avons fait ce choix essentiellement parce que cela avait un lien avec ma propre expérience. Et c’est à mes yeux là où se trouve l’urgence de proposer et de financer des solutions pour améliorer les conditions de vie sur place. Cependant, nous avons l’intention de commencer à financer des projets d’impact également en France et en Europe dans le courant de l’année 2018. Parce que cela fait tout aussi sens de pouvoir financer des projets d’impact près de chez nous sur les thématiques de transition énergétique, dans les transports propres, ou encore les modèles d’agriculture ou d’alimentation plus respectueux de la nature, mais aussi et surtout des consommateurs.

Abonnez vous !
Où trouver SOCIALTER en kiosque ?

TOP 5 stories

  • Le retour d'un Etat tout puissant est-il souhaitable pour les territoires ?

    Le retour d'un Etat tout puissant est-il souhaitable pour les territoires ?

    Si pendant quelques décennies, les politiques publiques se (...)
    >
  • Le numéro 40 de Socialter sort en kiosques le 16 juin ! Sommaire

    Le numéro 40 de Socialter sort en kiosques le 16 juin ! Sommaire

    Tourisme, année zéro DOSSIER   Le tourisme (...)
    >
  • Décroissance aéronautique : ne pas céder aux sirènes de l'éco-kérosène

    Décroissance aéronautique : ne pas céder aux sirènes de l'éco-kérosène

    Ces dernières semaines se déverse une pluie de  (...)
    >
  • Municipales : le grand verdissement

    Municipales : le grand verdissement

    Les étoiles de l’écologie se seraient-elles (...)
    >

TOP 5 contribution

  • Philippe Bihouix : Start-up nation ? Non, low-tech nation !

    Philippe Bihouix : Start-up nation ? Non, low-tech nation !

    Low-tech : avouons que le terme n’est pas, de prime abord, (...)
    >
  • Libérons l'entreprise du dogme de la

    Libérons l'entreprise du dogme de la "corporate gouvernance"

    Deux mouvements de fond sont à l’œuvre pour (...)
    >
  • Pour en finir avec l'impuissance, développons ensemble une fabrique des transitions territoriales

    Pour en finir avec l'impuissance, développons ensemble une fabrique des transitions territoriales

    Le Covid-19 sonne le glas du modèle actuel de globalisation (...)
    >
  • Rien ne motive le confinement de la nature : pour une réouverture des espaces verts en ville

    Rien ne motive le confinement de la nature : pour une réouverture des espaces verts en ville

    Le confinement des parcs, squares, jardins, espaces verts et (...)
    >
  • Zoonoses : que nous apprend le Covid-19 sur l'état de la biodiversité ?

    Zoonoses : que nous apprend le Covid-19 sur l'état de la biodiversité ?

    Un article à retrouver sur The Conversation Le monde est (...)
    >