Lutte contre l'obsolescence programmé : la feuille de route bien timide du gouvernement

Lutte contre l'obsolescence programmé : la feuille de route bien timide du gouvernement

Des mesures pour lutter contre l'obsolescence programmée ont été annoncées par Brune Poirson, la secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. La simplification de l'information auprès des consommateurs et la réparation des produits sont les deux axes principaux.

Brune Poirson, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, était en déplacement hier à la Regratterie de Poitiers, une recyclerie de produits du quotidien (électroménager, vêtements, jouets, outillage…). Elle y a dévoilé plusieurs mesures du gouvernement en faveur de la lutte contre l’obsolescence programmée, qui feront partie de la feuille de route de l’économie circulaire qui sera publiée fin mars prochain. Agir pour allonger la durée de vie des produits, c’est lutter contre une double aberration, écologique et économique”, a-t-elle déclaré à cette occasion.

À partir du 1er janvier 2020 et sur la base du volontariat, les commerçants pourront afficher des informations sur la durée de vie des produits, la réparabilité ou la robustesse de ceux-ci. Cependant, cela ne concerne qu’une certaine catégorie de produits comme l'électroménager ou le matériel de bricolage. Ce type d’information à destination des consommateurs existe déjà mais reste marginal. Actuellement, seuls les réparateurs automobiles doivent proposer des pièces de rechange d’occasion, plutôt que des neuves, en cas de réparation sur une voiture.

Faciliter la réparation


Cette obligation pourrait donc être étendue aux biens technologiques comme l’électroménager, la téléphonie ou la photographie. Les smartphones sont au centre de la communication du gouvernement. Selon les chiffres avancés dans le dossier de presse, 88% des Français changeraient de téléphone alors que celui-ci fonctionne encore. Une gabegie environnementale, écologique et sociale compte-tenu des coûts et des conditions de production de ces appareils.

Le gouvernement souhaite aussi développer le réseau de professionnels de la réparation et du réemploi. L’objectif? Faciliter le recours à leur service plutôt que de jeter un bien qui pourrait être réparé et aller en acheter un nouveau. Après une panne, dans six cas sur dix, le consommateur n’essaie pas de réparer le produit défectueux. Une initiative qui pourrait également avoir des répercussions bénéfiques sur l’emploi en France. Aujourd’hui, la réparation des biens d’équipement représente 50.000 emplois à travers la France, tandis que la réparation automobile emploie 104.000 personnes.

Enfin, une application numérique sera aussi lancée afin de regrouper les informations disponibles sur les produits, comme leur durée de vie, la disponibilité sur les pièces de rechange ou encore des conseils de maintenance afin de prolonger leur longévité. 

Des mesures bien timides


Ce recours au volontariat ne va pas, évidemment, sans poser problème. Les vendeurs vont-ils jouer le jeu, et y auront-ils seulement intérêt? L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) a réagi dans
un communiqué à ces mesures. Selon elle, ce recours au volontariat ne suffit pas et “appelle le gouvernement à aller au bout de ses idées et de ses déclarations, en rendant par exemple l’affichage de la durabilité obligatoire, et non volontaire, d’ici 2020”. En d’autres termes: ne pas compter sur le bon vouloir de commerçants qui n’ont pas nécessairement intérêt à vendre moins de marchandises.

L’association ajoute également à propos des mesures pour les pièces détachées que “les propositions du gouvernement restent au milieu du gué, en n’affirmant pas la nécessité d’obliger les fabricants à les proposer sur une durée de 10 ans. L’État est-il à ce point timide, aujourd’hui, pour n’être pas capable d’imposer une durée minimale de fourniture de pièces détachées pour les produits vendus dans son pays?”. 

Double enquête pour obsolescence programmée


Manifestement, ce gouvernement entend bien s’afficher en première ligne du combat contre l’obsolescence programmée. L’annonce de la feuille de route s’inscrit dans la continuité de la
loi relative à la transition énergétique et à la croissance verte, votée en 2015, qui a fait de l’obsolescence programmée un délit et de la France un pays pionnier en la matière.

L’annonce fait aussi écho au travail de la justice française qui est appelée à se prononcer sur les pratiques des grands constructeurs de smartphones. L’association Halte à l’Obsolescence Programmée a porté plainte fin décembre dernier contre Apple. Elle reproche à la firme américaine de réduire la durée de vie de plusieurs modèles d’iPhone à travers les mises à jour du système d’exploitation iOS. Le parquet de Paris a ouvert une enquête début janvier contre la marque à la pomme suite à cette plainte. L’association a aussi Epson dans son collimateur, contre qui elle avait porté plainte en septembre dernier au motif de pratiquer l’obsolescence programmée sur ses produits.

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