Et si le salut des agriculteurs était dans le crowdfunding?

Et si le salut des agriculteurs était dans le crowdfunding?

Florian Breton est le fondateur de MiiMOSA, devenue en trois ans un des leaders européens de financement participatif consacré à l'agriculture et l'alimentation. Un secteur impulsé par le bio mais aussi par une volonté de relocaliser la production agricole.

Florian Breton est fils de viticulteurs originaires de Perpignan (Pyrénées-Orientales). Fin 2014, il crée MiiMOSA, une plateforme de financement participatif dédiée à l'agriculture et l’alimentation. Le fondateur est parti d’un triple constat: “Le crowdfunding était en plein essor mais ne touchait pas encore le secteur de l’agriculture ; une volonté d’impliquer les citoyens et le grand public dans des projets d’agriculture durable et locale ; et la nécessité d’offrir des relais de financement à des agriculteurs qui rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver de l’argent.

Pourquoi les agriculteurs se tournent-ils vers le grand public pour se financer, quitte à délaisser les banques? “C’est un constat que l’on peut faire sur d’autres secteurs de l’économie réelle”, explique Florian Breton. “Depuis la crise de 2008, les banques ont une pression réglementaire qui s’est considérablement accrue. Elles vont préférer se tourner vers des projets beaucoup plus rentables et moins risqués, négligeant les petites entreprises et structures qui ne sont pas prioritaires”. Les banques exigent des garanties, et “si un agriculteur contracte plusieurs emprunts, une banque sera frileuse à l’idée de le financer une nouvelle fois, même s’il est en bonne santé financière”.

Le modèle du crowdfunding agricole prend son essor depuis quelques années. En plus de MiiMOSA, d'autres plateformes prospèrent: le Français Blue Bees a levé plus de 3 millions d'euros depuis sa création en 2012 ; de l'autre côté de l'Atlantique, AgFunder revendique plus de 34 millions de dollards de fonds levés depuis 2013.

Allier don et prêt participatif


En trois ans, MiiMOSA a publié plus de 1.200 projets, plaçant la plateforme parmis les leaders européens dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation. En moyenne, les projets récoltent 7.000 euros, “contre 4.000 pour les campagnes classiques”, précise Florian Breton. La plateforme fonctionne sur deux modèles alternatifs. D’un côté, le don avec contreparties: “nous créons du lien avec la société civile puisqu’en échange d’un soutien financier, un agriculteur propose des produits, des séjours ou des expériences à la ferme”.

D’un autre côté, MiiMOSA propose depuis le début de l’année 2018 un système de prêt participatif. Cette nouvelle offre permet “d’accompagner des financements jusqu’à 200.000 euros. Un des objectifs est d’orienter l’épargne des Français vers des projets agricoles et alimentaires”. L’avantage pour les agriculteurs est de pouvoir collecter des financements très rapidement, les campagnes s’étalant sur 45 jours maximum. Les financeurs ont quant à eux “l'opportunité de placer utilement leur argent, vers des projets porteurs de sens”, précise Florian Breton, qui bénéficient de rendements de 2 à 5%, plus rentables “que des livrets d’épargne de moins en moins attractifs comme le livret A”.

En contre-partie, MiiMOSA prélève une commission qui s’élève à 4% HT sur les prêts, et à 8% HT sur les dons avec contre-partie.
 

Le bio, moteur des projets


La majorité des projets concernent le développement des structures, d’équipement, de foncier, de bâtiments ou d’implantation. Un des moteurs de la plateformes est l’agriculture bio présente dans 69% des projets: “Ce secteur est assez mal financé par les acteurs de la finance traditionnelle”, explique le fondateur.

La moitié des financeurs sont issus “du réseau de connaissance direct des agriculteurs. Cela leur permet de fidéliser leur écosystème de distributeurs ou de fournisseurs”. L’autre moitié représente la société civile. MiiMOSA repose sur plus de 75.000 personnes inscrites avec un “trafic d’un million et demi de personnes sur la plateforme en 2017”. Les projets bénéficient particulièrement de la viralité sur internet grâce aux nombreux partages sur les réseaux sociaux, notamment par les familles et amis des agriculteurs.
 

“Au cœur d’une transition souhaitée”


Les deux motivations principales des personnes qui soutiennent ces projets sont “la thématique de l’agriculture, qui est forte et engageante ; mais aussi l’impact territorial d’un projet”. Florian Breton l’affirme: “la communauté est nationale mais avec un impact local, 70 à 75% des fonds provenant de la région d’implantation du projet”.

Quelles perspectives pour le crowdfunding agricole? Le fondateur de MiiMOSA est optimiste, pronostiquant même que “les agriculteurs seront les héros de demain. Notre monde est confronté à des enjeux d’ordre climatique, de transition énergétique et alimentaire. Ils sont les ambassadeurs de cette transition. L’agriculture mondiale émet 30% des gaz à effet de serre. Les agriculteurs ont de grandes surfaces à mettre à disposition pour produire des énergies renouvelables, que ce soit du solaire, de l’éolien ou par l’utilisation du méthane."

Selon lui, les agriculteurs seront mieux rémunérés avec le développement de ces activités, mais aussi grâce à “la diversification de leur propre modèle économique à travers toutes les externalités positives qu’ils produisent pour la planète et pour notre société, en terme de préservation des territoires ou d’emplois”. Le fondateur de MiiMOSA est d’ailleurs indigné par la situation actuelle des agriculteurs: “on marche sur la tête quand on sait qu’un agriculteur perçoit en moyenne 1.250 euros par mois et un sur trois à peine 350 euros. Il serait temps de ramener plus de valeur ajoutée en guise de reconnaissance d’un secteur avec lequel nous avons rendez-vous trois fois par jour lors de nos repas”.

Photo illustration: Projet Miimosa "L'Ulphacette: une épicerie associative pour un élan de vie".

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