6 façons de lutter contre l'obsolescence programmée

6 façons de lutter contre l'obsolescence programmée

Pour beaucoup, l'obsolescence programmée, c'est une machine destinée à tomber en panne au moment prévu par le fabricant. Mais le phénomène est plus vaste: absence de disponibilité de pièces détachées, obsolescence marketing, connectée, problème d'incompatibilité. Comment lutter concrètement contre ce phénomène?

 1. Acheter plus durable


Ce n’est pas toujours évident : comment savoir si un nouvel ordinateur va tenir deux ou dix ans ? Dans la fiche technique d’un produit, rien ne permet d’évaluer sa durée de vie. "Il faut essayer de décrypter les informations concernant la garantie et les pièces détachées", explique Camille Lecomte des Amis de la Terre. Mais on peut trouver des produits durables. C’est même un argument de vente pour certains: MaGarantie5ans.fr, comme son nom l’indique, garantit tous ses appareils durant cinq ans. Chez EastPak, les sacs le sont pendant trente ans. BuyMeOnce.com, fondé par Tara Button début 2016, garantit même tous ses articles… à vie. Certains sites, comme lemarchecitoyen.net, recensent les enseignes qui permettent d’acheter durable. L’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée) a mis en place ProduitsDurables.fr sur lequel les consommateurs peuvent signaler les produits durables ou, au contraire, à faible durée de vie.

Cet article a été précédemment publié dans le numéro 19 de Socialter, toujours disponible sur notre boutique en ligne.

 

2. Réparer, c’est gagner


Plutôt que de jeter un produit si une pièce est défectueuse, autant le faire réparer. Dans le cadre législatif actuel défini par la loi Hamon, rien n’oblige un fabricant à garder disponibles des pièces détachées pour une réparation ni à en informer le consommateur (1). Les professionnels sont uniquement tenus d’indiquer la durée de disponibilité des pièces, s’ils en prévoient. Pour y remédier, Spareka.fr propose plus de 8 millions de pièces. Faire appel aux services d’un réparateur est une solution. Par ce biais, on favorise l’économie locale et on aide une profession en difficulté. Certains sites peuvent vous mettre en relation avec une personne compétente. Remaker.fr, par exemple, fait appel à l’économie collaborative et se spécialise dans la réparation des smartphones. Mais cette solution peut se révéler compliquée face à l’obsolescence connectée ou l’incompatibilité. Que faire quand son ordinateur n’est plus compatible avec un logiciel? Les logiciels libres offrent une alternative intéressante. Par nature, ils ne sont pas programmés pour générer une incompatibilité.

 

3. Apprendre à réparer soi-même


Une panne? Développez vos talents de bricoleurs! Repair cafés et fab labs permettent de s’initier à la réparation en profitant des conseils d’amateurs éclairés. Parfois, il est même possible d’y apprendre à contourner l’incompatibilité entre certains logiciels et appareils. L’association Les Amis de la Terre a lancé le site produitspourlavie.org, qui recense de nombreuses initiatives aidant à la réparation. On peut également apprendre à réparer chez soi, notamment à l’aide de tutoriels vidéo disponibles sur le site Spareka.fr, qui vend aussi des pièces détachées. On peut aller sur SOSav.fr pour réparer son smartphone ou sur Commentreparer.com, dans un esprit plus collaboratif. Même la marque Boulanger a mis en place sa plateforme, happy3D.fr, pour aider les consommateurs à réparer leurs appareils. Enfin, après les meubles en kit, montez vous-même votre machine à laver: L’Increvable, conçue pour durer cinquante ans, est livrée en pièces détachées avec outils et instructions.

 

4. Trouver de nouveaux usages


Plutôt que de se débarrasser d’un objet dont on ne se sert plus, autant l’utiliser d’une autre façon. C’est le principe de la ressourcerie, où toutes sortes de choses sont fabriquées à partir d’objets inutilisés. L’upcycling est un concept proche: il se sert d’articles usagés pour réaliser de nouveaux objets de qualité supérieure. Parallèlement, des entreprises et des associations reconditionnent les appareils donnés pour les revendre à bas prix. Le collectif Emmabuntüs, par exemple, se base sur la technologie Linux pour reconditionner des ordinateurs et prolonger leur durée de vie. Les Ateliers du Bocage, quant à eux, travaillent sur tous les objets électroniques, tout comme le réseau Envie qui traite également l’électroménager et le mobilier. 

 

5. Faites pression !


On peut combattre l’obsolescence en changeant ses habitudes. On peut aussi tenter de changer les pratiques des fabricants et la législation. De nombreuses associations, comme HOP, militent contre l’obsolescence programmée. Les Amis de la Terre agissent aussi: dans plusieurs supermarchés, des militants ont placé des panneaux devant les produits en vente pour dénoncer l’absence d’information sur les pièces détachées. Un Carrefour de Loire-Atlantique a même dû mettre en place un affichage plus conséquent. L’association va lancer une pétition pour étendre la garantie à dix ans. Elle affirme que les initiatives citoyennes sont en augmentation: "De plus en plus de consommateurs interpellent directement les entreprises sur l’obsolescence programmée et nous mettent en copie", déclare Camille Lecomte. Selon une étude du Comité économique et social européen (CESE) réalisée en 2015, 9 consommateurs sur 10, en France et en Europe, réclament l’affichage de la durée de vie des produits et sont prêts à payer plus cher ceux dont ils sont sûrs de la longévité.


6. Arrêter d’être une victime de la mode


Lutter contre l’obsolescence programmée passe aussi par un changement de mentalité. L’obsolescence marketing est une réalité: on jette un produit parce qu’il n’est plus à la mode. Alors pourquoi ne pas essayer le Fairphone, durable et fabriqué de façon équitable, au lieu de racheter un iPhone qui sera bientôt démodé? Nouvelle tendance, le slow made consiste à prendre le temps de fabriquer un objet de qualité au juste prix. Une incitation à délaisser la consommation effrénée au profit d’un choix plus judicieux: celui des produits de qualité. La sobriété heureuse, prônée par les militants de la décroissance, propose un mode de vie permettant de réduire sa consommation et d’utiliser ses biens le plus longtemps possible. Pour prendre conscience des conséquences de son comportement, certains sites – comme celui de la Base IMPACTS ® (base-impacts.ademe.fr) de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) ou celui d’eco-jonction.fr – proposent de calculer son impact écologique. Une démarche qui pourrait inciter à réfléchir à deux fois avant de jeter un produit trop tôt.

 

(1) Si la loi va dans le sens des consommateurs, le décret d’application est, lui, beaucoup moins contraignant. Il ne prévoit pas de sanction si le fournisseur refuse de vendre des pièces détachées ou s’il ne communique pas sur leur absence de disponibilité auprès du consommateur.

Photo: Tara Button

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