Des distributeurs automatiques pour SDF : la fausse bonne idée ?

Des distributeurs automatiques pour SDF : la fausse bonne idée ?

Une ONG va implanter à Londres des distributeurs automatiques de produits de première nécessité gratuits pour les sans-abris. Cette solution n'est-elle pas trop belle pour être vraie?

Un distributeur automatique de produits de première nécessité. Voici l’idée de l’ONG britannique Action Hunger qui va être mise en place à Londres au début du mois de décembre -- et en France peut-être dès mars 2018. Trois fois par jour, une personne sans domicile fixe pourra utiliser gratuitement l’un de ses distributeurs, à condition de posséder une carte qui permet de débloquer le produit souhaité. Nourriture ou produits d’hygiène, l’ONG opte pour la diversité afin d’aider les plus démunis.

Pour profiter de ce service, chaque bénéficiaire devra se rendre une fois par semaine dans l’une des associations locales partenaires qui distribuent les cartes. Dans le cas contraire, celle-ci sera désactivée. Pour alimenter les distributeurs, Action Hunger a noué des contacts avec plusieurs grandes entreprises dont UberEATS qui sera chargé d’acheminer les produits.

Même si cette idée va permettre à des dizaines de sans-abris d’avoir accès à des biens gratuitement, ce concept pose de nombreuses limites. Selon Louis-Xavier Leca, fondateur et directeur du Carillon, un réseau de commerçants et d’habitants solidaires envers les plus démunis, “l’ONG amène un canal inhumain et sélectif même s’ils veulent bien faire”. Il estime aussi que “ces cartes peuvent être volées ou perdues. Cela peut être aussi une raison de s’agresser entre personnes sans-domiciles”.
 

Risque de contre-productivité


Autre problème: la rupture de lien social. “Ce concept fonctionne grâce à des distributeurs automatiques. Donc au lieu de se rendre chez des commerçants pour récupérer des invendus ou se socialiser, la personne sans-abri va simplement chercher ce dont elle a besoin”. Un risque de contre-productivité existe dès lors: au lieu de créer une relation entre un sans-abri et un commerçant ou un passant, ce concept peut au contraire aggraver la distance entre le démuni et le reste de la société.

Si demain vous lui dites qu’il peut se servir jour et nuit de produits essentiels, évidemment qu’il ne dira pas non”. Mais n’est-ce pas un aveu d’échec de la part des associations britanniques? “Quand je lis que le constat de base est que le problème est que les centres d’hébergement n’ouvrent qu’à certaines heures de la journée, c’est qu’il y a une faille. Les dispositifs existants ne seraient donc pas capables d’offrir l’essentiels des besoins aux sans-domiciles. Pourtant, les associations existent avec des lieux physiques où des échanges ou de la distribution alimentaire sont possibles”, explique Louis-Xavier Leca.

Le Carillon et les commerçants partenaires ont une approche différente, “non-stigmatisante”. “Quand nous travaillons sur la nutrition, nous donnons des bons pour des plats afin que les gens puissent manger au chaud, mais aussi créer des liens avec les commerçants pour qu’ils se sentent moins exclus”, explique Louis-Xavier Leca. En juin dernier, un frigo solidaire a été installé à côté de “La cantine du 18”, dans le 18ème arrondissement de Paris. Tout le monde peut déposer des aliments mais aussi se servir. “C’est un lieu de rencontre où les personnes dans la galères peuvent échanger et s’aider”.

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