Le Baba : deux Françaises, sept chefs immigrés et un resto de rue

Le Baba : deux Françaises, sept chefs immigrés et un resto de rue

Lou et Mathilde voulaient importer en France les food market, réunions culinaires et populaires de rue en vogue en Afrique du Sud. Un an après la dernière Social Cup (dont Socialter est partenaire), les deux comparses comptent déjà dans leurs rangs sept chefs amateurs venus du Maghreb et du Moyen-Orient.

Les food market sont les seuls endroits où les gens de toutes les cultures se rencontrent. On y allait tous les week-ends”. On, c’est Lou et Mathilde, deux étudiantes en Master à Sciences Po en échange universitaire au Cap, en Afrique du Sud. Pendant un an, de juillet 2015 à juillet 2016, elles visitent ces lieux de vie locaux. Des plats cuisinés du monde entier sont préparés et consommés sur place tandis que les chalands peuvent faire un tour au vide-grenier ou s’arrêter quelques minutes pour écouter un concert.

En parallèle, elles vivent à distance les attentats de novembre 2015, “un moment assez difficile”. Leur découverte des food market résonne avec l’actualité hexagonale. “Nous nous sommes rendues compte que ce concept, qui fonctionne bien dans l’Afrique du Sud post-Apartheid, pouvait marcher en France en permettant aux communautés de se rencontrer”, explique Lou. À leur retour, elles décident de lancer un projet: Le Baba.
 

“Nous n’avions pas un centime”


Sciences Po met le duo en contact avec Enactus France, une association qui accompagne les initiatives entrepreneuriales des jeunes avec l’aide de professionnels. Démarre alors “une phase de conception du projet qui s’étend jusqu’à janvier 2017. Nous avons réfléchi au marché, aux bénéficiaires, à ce que l’on voulait faire exactement, conçu des business plans, des études de marché”. Les deux jeunes femmes ne connaissent alors rien à l'entrepreneuriat social. Pour rencontrer des personnes du milieu et montrer leurs projets, Lou et Mathilde s’engagent dans la Social Cup édition 2016-2017, qu’elles ont découvert sur Facebook.



Les étudiantes bénéficient d’avis de professionnels sur leur projet, notamment sur son financement, mais également sur son développement ainsi que d’un réseau de contacts. Elles sont sélectionnées pour la finale à Paris en janvier 2017. Une “Battle” qu’elles ne remporteront pas mais une expérience qui leur permet de roder leur discours. À la sortie, elles lancent une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank avec 500 euros d'aide de la Banque Postale pour la débuter. Au final, elles récoltent un peu plus de 6.000 euros sur la plateforme, 1.000 euros de plus que l’objectif.

Pourtant, le pari était loin d’être gagné au départ. “Nous n’avions pas un centime à mettre dans ce projet”. Pour débuter, elles ont bénéficié d’un fond d’amorçage de 1.000 euros de la Fondation Vinci pour la Cité, dans le cadre du programme Enactus. “Si nous n’avions pas eu cette somme, nous n’aurions jamais démarré”, résume Lou. “Grâce à des petites sommes récoltées à droite et à gauche, nous avons pu faire les premiers investissements pour organiser des événements et financer le matériel de cuisine”.
 

Petit bain sur Seine


En mars 2017, elles lancent pour de bon le projet avec un événement au “Petit Bain”, une péniche au pied de la Bibliothèque Nationale de France dans le 13e arrondissement de Paris. Une cinquantaine de personnes dégustent ce soir-là les plats de Massoud, un cuisinier amateur afghan. Le Noise, association d'étudiants collaborant avec Sciences Po pour accompagner des projets, leur conseille ce chef. “Nous ne travaillons pas avec des professionnels, ce sont des personnes immigrées ou réfugiées qui ont envie de partager leurs cultures à travers des plats traditionnels de leurs pays”.



Aujourd’hui, elles travaillent avec sept personnes venues d’Erythrée, du Soudan, du Maroc, d’Algérie et d’Afghanistan. La barrière principale n’est pas la langue (la plupart parlent Français ou Anglais) mais le fait que ce soient deux femmes qui aient fondé Le Baba. “Certains hommes qui ont 30 ou 40 ans ne nous accordent aucune légitimité. Le problème est souvent culturel. Ils n’ont pas l’habitude de voir des femmes mener ce type de projets.” Lou souligne aussi une autre difficulté: “Ils arrivent avec leurs habitudes qui correspondent rarement avec les règles d’hygiène et de sécurité en vigueur dans les cuisines françaises”.

Roulotte dans trois ans


Leur rêve: occuper à terme un lieu fixe, comme une halle ou une place. “Mais à Paris il n’y a pas de place. On s’est donc dit qu’on allait le faire dehors, dans l’espace public”. L’idée est de concevoir un lieu d’échange, sur le même modèle qu’au Maroc: “sur la place principale de Marrakech, des restaurateurs ambulants s’installent avec leur roulotte. Les clients s'assoient autour du chef qui cuisine et peuvent discuter avec lui”.

Désormais, leur priorité est de s'atteler à la construction de ces roulottes, même si cela coûte cher. Comptez près de 1.000 euros pour une cuisine professionnelle. Le Baba s’est donc allié à d’autres associations comme Eat & Meet pour ficeler un projet commun, “Alimentation pour tous”, au le budget participatif de la Ville de Paris. Projet accepté, mais qui ne verra le jour que dans trois ans. En attendant, “on se débrouille comme on peut, en louant du matériel principalement”.

À plus long terme, Le Baba entend proposer un parcours de formation pour permettre à ces cuisiniers en herbe d’obtenir un diplôme et de s’insérer dans la vie professionnelle. Ils devraient participer aux premiers food market au printemps prochain. “Nous réfléchissons aussi à créer une entreprise sociale. La lucrativité servira uniquement à nous verser un salaire”. Ce projet, une fierté pour la jeune femme : “c’est la première fois que je me lève le matin pour une bonne raison”.



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Coup d'envoi de la Social Cup: pour les espoirs de l'entrepreneuriat social



Rendez-vous à la Battle Finale qui aura lieu le mercredi 7 février à 19h au SenseCube, 11 rue Biscornet à Paris 12e. Vous pouvez dès à présent liker la page Facebook où auront lieu les votes finaux.

Photos : ©Le Baba

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