"L'Afrique ne gagnera son pari alimentaire que si elle arrive à valoriser sa propre production"

L'Afrique compte pour moitié dans l'action mondiale de l'Agence Française du Développement (AFD). L'accès à l'eau ou l'alimentation mais aussi le développement d'infrastructures restent les défis principaux de l'organisation. Rencontre avec Jérémie Pellet, directeur général délégué de l'AFD.

Quels sont les besoins des entrepreneurs africains?

Un cadre de gouvernance est nécessaire afin de développer l’entreprenariat. L’AFD a depuis deux ans la compétence d’aider les gouvernements des pays du Sud dans leur politique de bonne gouvernance. L’accès au financement est aussi un problème important pour celui qui souhaite monter son entreprise en Afrique. Le niveau de bancarisation [taux d'entreprises ayant ouvert un compte dans une banque, ndlr] du continent africain reste très faible aujourd’hui.

 

Qu’apporte l’AFD dans ce domaine?

Nous essayons d’encourager la bancarisation des TPE et des PME par différents instruments comme la mise en place de lignes de crédits via des banques locales. On leur prête de l’argent pour qu’elles le redistribuent à des TPE ou PME locales. Nous allons également encourager les entrepreneurs africains à travers des réseaux d’accompagnement d'entreprises comme en France, par exemple à travers le développement d’incubateurs dans des pays comme le Niger ou le Mali.

 

Quels sont les principaux enjeux de développement aujourd’hui sur le territoire africain ?

Tout d’abord, nous voulons accompagner une croissance inclusive en Afrique. Nous intervenons sur tous les sujets sur lesquels les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits, que ce soit la santé, l’éducation ou l’alimentation. Notre deuxième axe est le développement d’infrastructures dans un continent qui en manque cruellement, notamment en matière d’accès à l’énergie et en particulier de production d’énergie renouvelable.




Quels sont les freins au développement sur le continent?

Un certain nombre de pays et régions sont dans des situations de grande fragilité, comme le Soudan, la République centrafricaine ou la zone sahélienne. Ce sont des pays qui ont traversé des périodes de violences assez fortes, liées à Boko Haram pour la RCA ou AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique) pour la zone sahélienne. Ces États ont dès lors un effort militaire à fournir qui pèse sur leur budget. Les bailleurs sociaux doivent mener leur action de la façon la plus coordonnée possible. Ces pays-là nécessitent des réponses qui soient adaptées pour aller au-delà de ces freins au développement.

 

Un des enjeux principaux en Afrique est l’alimentation. Comment aidez-vous les agriculteurs?

Nous les accompagnons dans la valorisation des terres arables. L’Afrique possède beaucoup de terres agricoles mais pas forcément exploitées du fait d’un manque d’infrastructures et de formation sur les techniques agricoles. Nous devons améliorer leur organisation pour leur permettre de mutualiser des moyens de production, de se réunir en coopératives, de gagner des parts de marché... Nous les aidons enfin à structurer un réseau de production mais aussi de distribution de leurs propres productions. Parce que l’Afrique ne gagnera son pari alimentaire dans un contexte de croissance démographique forte que si elle arrive à valoriser sa propre production.

La première édition du Social Business Camp se voulait un programme d’accélération de projets sociétaux en Afrique. Quels en sont les résultats?

L’objectif était de voir comment on arrive au-delà de notre activité financière à organiser véritablement une formation, un accompagnement des entrepreneurs sociaux. Il y avait une soixantaine de participants, avec des profils très différents: des entrepreneurs, des responsables d’incubateurs ou des investisseurs. Nous nous sommes tournés sur le volet boot camp [rencontres entre investisseurs et acteurs économiques, ndlr], afin de permettre de donner des techniques de présentation des projets, de financements, mais aussi pour constituer un réseau.



Photos: ©AFD
Illustration: un point d'eau à Avaradalona (Madagascar).
Texte: Jérémie Pellet, directeur général délégué de l'AFD.

 

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