La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions

La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions "efficientes" pour accélérer la transition écologique

Après son tour du monde en avion solaire, Bertrand Piccard s'est lancé un nouveau défi: promouvoir et fédérer 1.000 solutions efficientes pour contribuer à la transition écologique. Lancée par la fondation Solar Impulse, la World Alliance for Efficient Solutions veut utiliser sa force de frappe pour faire bouger les gouvernements du monde entier. Nous avons rencontré sa directrice, Marion Enderlein, à l'occasion du forum ChangeNow à Station F.

Avant Solar Impulse, Bertrand Piccard a réalisé un tour du monde en ballon...

Tout le monde échouait pour des raisons essentiellement de fioul. Il est arrivé en Egypte et il lui restait très peu de gaz à l’arrivée (le ballon Breitling Orbiter 3 fonctionnait au gaz, ndlr). Il a donc souhaité faire un tour du monde sans énergie fossile parce que c’est insupportable d’avoir cette incertitude de ne pas arriver au bout. En créant son avion solaire, il s’est rendu compte qu’il y avait des solutions extrêmement concrètes qui existaient et hyper intéressantes au quotidien.
 

Dans quels domaines ?

Tout ce qui est plus léger peut être utilisé pour des voitures. Il y a aussi des structures qui sont utilisées pour les panneaux des éoliennes pour les rendre plus efficaces, efficientes et robustes. Il a décidé de créer la World Alliance for Efficient Solutions. Notre objectif est de trouver d’ici la fin 2018 1.000 solutions efficientes et rentables. C’est très important parce qu’il faut sortir du discours “qu’il faut être bon citoyen, il faut faire des sacrifices pour sauver le monde”, ça fait 30 ans qu’on l’entend et ça n’a pas marché.

 

Vous en êtes à combien de solutions aujourd’hui ?

L'alliance sera créée à la COP 23 le 14 novembre prochain. Ensuite les solutions pourront être déposées. Nous les ferons expertiser par des partenaires institutionnels externes, des boîtes privées, mais aussi par l’International Energy Agency, la Commission Européenne et des experts dans leur domaine. L'alliance peut être un système qui fédère tous les gens dans ce monde, par exemple des investisseurs. Aujourd’hui il y a une vraie envie d’investir dans ce genre de solutions.

 

Mais ils ne savent pas encore dans quelles solutions…

Non ils ne savent pas car ils ne les connaissent pas. Ces mondes se parlent peu en fait.  Avec la visibilité de Bertrand Piccard et de Solar Impulse nous pouvons rassembler. De plus nos solutions sont expertisées et analysées par des gens externes et la méthodologie qu’on a mis en place est telle que le ratio de succès est beaucoup plus fort qu’habituellement. Un autre intérêt pour eux aussi, c’est qu’on va promouvoir la solution. La seconde étape sera de créer aussi des partenariats avec des villes, des régions, des gouvernements.


Comment cela se fait-il que les gouvernements n’investissent pas assez d’argent dans ces formes de solutions ?

Je pense qu’une partie a un manque de connaissance. Par exemple, beaucoup de mairies n’ont pas de spécialistes en technologies. Ils voient une solution, la trouvent intéressante mais avant qu’ils ne la mettent en place beaucoup de temps peut s’écouler. Ce qu’il manque c’est une véritable action. Je pense qu’un peu de pression est nécessaire. Beaucoup de petites structures n’ont pas les bons contacts. Un changement de mentalité est en train de se mettre en place mais on peut aller plus vite.

 

Comment aller plus vite justement?

C’est un problème de communication, beaucoup ne sont pas bons dans ce domaine. Chez Solar Impulse nous avons la visibilité et un réseau énorme qu’on met gratuitement à disposition. C’est comme ça qu’on essaie d’impulser, d’accélérer le système.


Mais justement comment sensibilisons-nous l’opinion publique là-dessus ?

Il faut parler des solutions. Aujourd’hui on parle de problèmes tout le temps : des océans qui montent, de l’ours polaire, les gens n’en peuvent plus. Ils ont envie d’avoir un impact. Mais je pense aussi en partie que les gouvernements doivent réglementer. Par exemple j’ai rencontré un entrepreneur qui a conçu un petit boitier à installer dans sa voiture. Pour 500 euros il vous permet d’éliminer les particules qui contribuent à la pollution de l’air et qui ont un impact néfaste sur la santé. La plupart vont se dire que ça ne sert à rien. Mais là très clairement si demain Anne Hidalgo dit qu’il n’y a plus une voiture qui rentre dans Paris sans avoir installé ce petit filtre, les gens seront obligés de l’acheter. Vous pouvez même aller plus loin et dire qu’il est subventionné par l’État parce que les gains en santé publique sont tellement importants qu’ils sont plus importants que le coût du boitier.

 

Que vont devenir ensuite ces 1.000 solutions ?

À la fin de l’année prochaine Bertrand Piccard va prendre ce catalogue puis faire un deuxième tour du monde avec ces solutions dans ses valises, pour dire aux gouvernements “regardez c’est ça que vous devez faire”. C’est-à-dire les pousser avec des exemples concrets à être plus ambitieux dans leur politique environnementale. De dire “cette solution va marcher et c’est intelligent de le faire, donc allez-y !”.

Photos : ©SolarImpulse, ©ChangeNow 

 

 

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