Crème de la Crème : quand les échanges entre générations relancent l'innovation

Crème de la Crème : quand les échanges entre générations relancent l'innovation

Jean-Charles Varlet est le fondateur de Crème de la Crème, une plateforme qui connecte des entreprises avec "les freelances issus des meilleurs formations". Selon lui, il est nécessaire de miser sur la collaboration entre les nouvelles générations et leurs aînés, en dépassant la fracture numérique qui les sépare.

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La majorité des moments forts et des mutations de nos sociétés sont caractérisés par des ruptures. C’est souvent l’occasion pour les générations de se confronter, parfois avec violence. Mais la fracture que nous vivons aujourd’hui avec le numérique est d’une toute nouvelle nature. Plus silencieuse, moins perceptible, c’est d’abord dans la vie professionnelle qu’elle se joue. L’ère des Millenials débarque dans l'entreprise et ce n’est plus juste l’expérience professionnelle et l'ancienneté qui oppose les générations mais également la maîtrise du numérique et la culture du digital. Le monde professionnel est touché par une révolution numérique que nous appréhendons difficilement, et que nous ne vivons évidemment pas de la même manière. Pourtant, les effets sont déjà perceptibles : nous redéfinissons nos codes sociaux, nos modes de production, de consommation et de communication. C’est notre rapport au réel lui-même qui est transformé par le numérique. Chacun à notre manière, nous tentons de nous adapter à cet environnement.

La littératie numérique, un fossé générationnel


Mais qu’est-ce qui sépare réellement les générations aujourd'hui ? La littératie numérique semble s’imposer comme le principal élément de réponse. Selon l’OCDE, la littératie est "l’aptitude à comprendre et à utiliser l’information écrite dans la vie courante, à la maison, au travail et dans la collectivité en vue d’atteindre des buts personnels et d’étendre ses connaissances et ses capacités." En d’autres termes, la littératie numérique correspond à la capacité de comprendre et d’agir dans le monde numérique.

Cette fracture a des effets que nous apprenons encore à connaître. D’abord, elle crée un nouveau rapport de force entre deux expériences différentes. Les nouvelles générations se valorisent par leur expérience du numérique qui leur procure une plus grande efficacité que leurs aînés, alors que ces derniers ont plus de mal à valoriser leur expérience dans un environnement de plus en plus imprégné par le numérique. Ce sont deux populations qui doivent pourtant collaborer malgré leur gap culturel certain.


"La fidélité à l'entreprise ne pèse presque plus dans la balance"


Ensuite, les nouvelles aspirations des jeunes générations sont en rupture avec celles des baby-boomers. La recherche de sens et d’épanouissement dans son activité professionnelle n’est plus un luxe auquel on souhaite accéder, mais plutôt un critère de sélection lors d'une recherche d’emploi. Collaboration, flexibilité et créativité sont les nouvelles dimensions recherchées par les jeunes dans leurs activités professionnelles. Aussi, la fidélité à l’entreprise ne pèse presque plus dans la balance lorsqu’ils envisagent leur carrière. Le salaire n’est plus le critère de sélection principal et ce sont des besoins plus qualitatifs qui priment, comme l’expérience ou la liberté d’initiative. Les entreprises doivent donc gérer des sources de motivations de natures différentes et réussir à engager tous leurs collaborateurs dans la vision de l’entreprise.

La majorité des entreprises font face à cet enjeu et certaines d’entre elles y voient une opportunité. En effet, organiser et favoriser une culture d’échange et de collaboration entre les générations semble être une des réponses les plus intéressantes pour s'attaquer à cette fracture numérique. Beaucoup de grands groupes comme AXA, la SNCF, ou Orange ont mis en place des programmes de reverse mentoring avec leurs top managers. D'autres, comme comme Accorhotels, créent des "shadow comex" composés de jeunes de moins de 30 ans pour intégrer une vision neuve et "disruptive" dans les prises de décision stratégiques.

Faire coopérer des générations “numériquement éloignées” est un investissement à long terme dans une culture d'entreprise qui doit favoriser la transversalité, l’ouverture, la flexibilité, mais surtout l’apprentissage. On considère souvent que notre période d’apprentissage s’arrête lors de notre entrée dans la vie active et pourtant rien n’est moins vrai. Nous devons sans cesse mettre à jour nos connaissances, renouveler nos compétences, découvrir de nouveaux outils et nous adapter à un environnement changeant. Que ce soit sur le plan individuel ou collectif, occulter la dynamique d’apprentissage et de remise en question revient à saper toute tentative de transformation organisationnelle à long terme.

Investir sur la collaboration


Pourtant, il existe désormais de plus en plus d’espaces d’apprentissage dont l'entreprise peut tirer profit, comme les synergies avec les start-ups ou avec la génération Y. Avec Crème de la Crème, l'entreprise peut s’enrichir des interactions avec les étudiants freelances qui collaborent avec elle, et ainsi réduire sur le moyen terme le gap générationnel, culturel ou numérique qui existe au sein de l'organisation.

Ces opportunités d’apprendre de la nouvelle génération doivent être intégrées dans la stratégie d’entreprise pour créer sur le long terme les conditions culturelles nécessaires aux grands projets de transformation numérique des entreprises. Sous-estimer cette fracture numérique revient à prendre le risque de créer une dynamique à deux vitesses, chaotique pour n'importe quelle organisation.

Il est plus que nécessaire pour les entreprises d'aujourd'hui d'investir de l'énergie, de l’argent, mais surtout du temps dans la construction d’une culture centrée sur la collaboration entre les générations. Cela leur permettra de traverser les turbulences de la transformation numérique dans les meilleures conditions.



Jean-Charles Varlet, CEO de Crème de la Crème

 

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