A Normale Sup', un campus pour l'égalité des chances

A Normale Sup', un campus pour l'égalité des chances

Depuis une dizaine d'années, l'Ecole normale supérieure (ENS) organise un programme destiné aux lycéens venus de milieux défavorisés pour réduire les inégalités scolaires et l'autocensure. Les élèves sélectionnés ont passé fin août une semaine sur le campus de l'école pour se préparer à la rentrée scolaire. Pour la première fois, des bacheliers admis en classes préparatoires aux grandes écoles y ont également participé.

Claire tend une copie à chacun des élèves qu’elle a suivis pendant une semaine, fin août. Ils sont une petite dizaine, calmes face au tableau noir, à jeter un coup d’œil aux observations faites sur leur travail. “Je suis très satisfaite de vous. Vraiment!”, commente la jeune femme aux cheveux bouclés et au visage souriant: “je vais vous donner mon mail, n’hésitez pas à me contacter pendant l’année, si vous avez la moindre question”.

Etudiante à l’ENS de la rue d’Ulm, Claire participe à “Talens”, un programme créé par des Normaliens il y a plus de dix ans pour encourager et accompagner des lycéens issus de milieux modestes dans leur scolarité. Il rassemble actuellement 350 lycéens et 10 lycées partenaires en Ile-de-France et s’inscrit désormais dans le Programme pour l’égalité scolaire et universitaire de l’ENS, qui recouvre également d’autres initiatives.

Limiter les inégalités scolaires



“Je me suis rendue compte que j’étais favorisée dans mes études par ma situation de naissance, étant donné que mes parents sont professeurs”, explique Claire. Les enfants d’ouvriers ou d’employés sont ainsi moins nombreux que ceux de cadres ou de professions intermédiaires à décrocher le baccalauréat, selon les données de l’Insee. De même pour l’accès à l’enseignement supérieur : les enfants issus des classes populaires se dirigent plus souvent que les autres vers des filières courtes.

Face à ce constat, Claire a voulu essayer de diminuer -à sa mesure- les inégalités scolaires : manque d’information, peur des études supérieures, besoin de soutien scolaire… “Je trouvais anormal que la famille détermine la réussite et le parcours scolaire des élèves”. Alors elle devient tutrice pour les lycéens de “Talens”, sélectionnés après entretien d’information et tirage au sort -il n’y a en effet pas assez de place pour tous les candidats.


Avant de bénéficier de séances de tutorat en petits groupes un samedi sur deux durant leurs années de première et de terminale, ils peuvent participer à un séjour d’une semaine -avec au programme cours de méthodologie ou encore animations- sur le campus de l’ENS. La cour plantée de nombreux arbres et fleurs, l’architecture aux allures de cloître… “Quand ils arrivent pour la première fois, c’est toujours quelque chose !”, s'amuse Tiphaine Malesevic, chargée de projet qui coordonne le programme à l'ENS.


Une nouvelle dimension : les classes préparatoires aux grandes écoles



Cette année, en plus d’accueillir pour la première fois des étudiants réfugiés, l’équipe de “Talens” a organisé un campus pour les bacheliers qui ont suivi son programme pendant deux ans, et qui s’apprêtent à entrer en classes préparatoires. “On ne voulait pas les lâcher juste avant qu’il rentre en prépa !”, explique Tiphaine Malesevic. “La prépa, c’est une étape très difficile, nous on peut vraiment les aider, les rassurer, leur expliquer qu’ils vont avoir plein de mauvaises notes mais que ce n’est pas grave”, renchérit Claire.

A côté de la tutrice, Kadidiatou sourit. Bachelière scientifique, elle vient du lycée Le Corbusier, à Aubervilliers et entrera en classe préparatoire au lycée Saint-Louis dans quelques jours. Une formation parisienne aux très bons taux d’admission dans les grandes écoles d’ingénieur. “Ça me rassure de savoir à quoi m’attendre, de pouvoir parler avec des gens qui ont fait des prépas”, explique la jeune femme. Avec Talens, intégrer les classes préparatoires lui est apparu comme un choix naturel : “c’était le plus général que je pouvais faire, comme je ne sais pas encore exactement ce que je veux faire”. Raphaël, qui étudie les mathématiques à l’ENS, est lui aussi très fier que l’un de ses anciens élèves soit entré en classe préparatoire scientifique dans un prestigieux lycée parisien.
 
“Si vous n’avez pas les ‘codes’, l’information nécessaire ou encore la méthode, c’est plus difficile d’intégrer et de bien réussir sa prépa”, explique Tiphaine Malesevic. Malgré l'abandon d'une partie des élèves au cours du programme, elle se réjouit des résultats : “Ceux qui ont suivi notre programme font des études plus longues et sélectives. Ils vont en prépa’ mais aussi en médecine, en droit…”. 

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