Cette moquette qui absorbe l'urine pourrait changer la vie dans les camps de réfugiés.

Cette moquette qui absorbe l'urine pourrait changer la vie dans les camps de réfugiés.

Trois étudiants mexicains ont conçu un textile capable de faire germer des plantes sans eau et sans terre. Une invention qui pourrait bien changer le cours de certaines crises humanitaires.

Au sol, elle ressemble à une vulgaire dalle en plastique gonflée par le soleil, dans lequel une touffe végétale se serait logée de manière impromptue. Rien d’étonnant, la moquette RISE a été conçue pour faire germer des graines en partant de rien, ou presque.

Pour faire verdir ce tapis en carbone et fibres de bambou, seule préconisation: arroser régulièrement la plantation avec... de l’urine. Le revêtement est intégralement biodégradable et transposable sur tous types de terrains, peu importe la qualité des sols.

Le projet a été imaginé à des fins humanitaires sur les bancs d’une école de design industriel à Monterrey, au Mexique. Le groupe d’étudiants avait en tête un objectif ambitieux: permettre à toute personne dans le besoin de sortir de la misère en développant une activité agricole. Leur stratégie? Trouver une alternative aux problèmes d’irrigation et d’infertilité des sols.


De l’urine à l’or jaune


L’anecdote est récurrente dans les récits de journalistes: les effluves d’urine imprègnent le quotidien des camps humanitaires. En cause, des sanitaires inadaptés à la foule qui vivote dans ces zones de transit.

On ne retient souvent que son odeur fétide, pourtant l’urine a de nombreuses vertus. Riche en nitrogène, potassium et phosphore, c’est un fertilisant naturel très efficace. Recyclée, l’urine pourrait résoudre plus de problèmes qu’elle n’en crée.

Chaque année, un être humain en produit en moyenne 500 litres. Une ressource gratuite et abondante qu’il ne faut pas négliger quand on sait que d’autres, comme les mines de phosphore, risquent de disparaître dans une dizaine d’années.



Semer l’espoir dans les camps 

En misant sur un produit écologique et économique, le trio d’étudiants espère vendre son ingénieuse moquette aux ONG gestionnaires de camps de réfugiés. Ainsi, chaque foyer qui recevra quelques mètres carrés avec un lot de graines locales pourra cultiver son propre potager.

A long terme, RISE nourrit plusieurs espoirs. Celui de développer l’autonomie alimentaire des camps, et ainsi réduire la dépendance des migrants à l’aide extérieure. Il pourrait aussi devenir un outil pour lutter contre les famines qui sévissent là où la sécheresse et la qualité des sols empêchent l’agriculture.

Le plus grand campement humanitaire au monde repose d'ailleurs sur des terres semi-arides, à Dadaab, au Kenya. Il a déjà accueilli jusqu’à un demi-million de personnes. Établi en 1991 pour gérer l’urgence de la guerre civile somalienne, il n’a jamais été démantelé depuis.

 

Une réponse humanitaire qui pose de nouvelles questions


Si les camps de réfugiés sont pensés pour être des solutions provisoires, ce n’est pas le cas de RISE. La moquette miracle est conçue pour être cultivée dix ans, assez pour créer une activité économique pérenne. Une fois déroulés aux pieds des tentes de l’UNHCR, les tapis verdoyants dessinent un tout autre paysage. ONG et gouvernements sont-ils prêts à investir dans un équipement qui plante le décor de ces “villes improvisées” sur plusieurs années?

C'est le cas du gouvernement zambien. En 2007, ce dernier et l’agence de l'ONU avaient décidé de transférer un camp de réfugiés angolais vers des terres plus fertiles, en donnant à chaque foyer parcelles de terres et outils agricoles pour l’exploiter. Quatre mois plus tard, on annonçait que ces derniers étaient autosuffisants, produisant même un surplus agricole qui aiderait à nourrir la population locale zambienne. 

Au-delà de la volonté politique, la durée de séjour dans les camps ne cesse d’augmenter depuis les années 1990. D’après l’ONU, un migrant y reste en moyenne 17 ans. Dans le monde, il y aurait 460 camps officiels, sans compter les “jungles” et autres bidonvilles improvisés par les déplacés internes. Comme le rappelaient des travailleurs humanitaires aux Echos, c’est autant de “monstres où le provisoire prend racine”, et qu’il faudrait repenser.


 

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