En plein boom du solaire, deux burkinabés tentent de regagner la confiance du public.

En plein boom du solaire, deux burkinabés tentent de regagner la confiance du public.

Si vous passez dans les rues de Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, vous apercevrez sûrement ces panneaux solaires exposés au bord des routes, disponibles dans n'importe quel petit commerce. Profitant du boom de l'énergie solaire dans toute l'Afrique, de nombreux vendeurs se sont mis à proposer des modèles bas de gamme, au point de décrédibiliser le secteur. Zoom sur deux entrepreneurs qui veulent redonner confiance aux consommateurs.

Amis depuis l’enfance, Marcellin et André ont d’abord eu leur propre expérience professionnelle: le premier travaillait dans le domaine de l'électricité au sein d’une ONG, le second dans une banque. En 2009, après de nombreuses discussions entre amis, ils dressent le même constat: au Burkina Faso, la demande d'électrification explose et le solaire est une ressource à fort potentiel pour répondre à ce besoin.

Entre la fin des coupures de courant et le développement d’une énergie propre, les atouts sont multiples. Sans compter que la région bénéficie d’un fort ensoleillement. Quelques jours plus tard, ils empruntent deux ordinateurs appartenant à un ami et, depuis leur domicile, créent ensemble l’entreprise Africa Energy Solaire (AES). 

L'explosion du marché du solaire et ses dangers


Au même moment, de plus en plus de commerçants profitent de la chute des prix des panneaux solaires pour proposer des solutions à bas prix au grand public. En ville, il n'est pas rare de voir des vendeurs à la sauvette exposer des panneaux solairesentre un étalage de poêles et un bac de chaussures en vrac. Ces commerçants profitent de l'ignorance du public sur les technologies solaires pour vendre des panneaux et batteries à des prix dérisoires —le matériel provenant probablement de Chine.

Imaginez si la batterie casse deux mois plus tard, le foyer, dépendant de son équipement solaire pour s'éclairer, se retrouve dans le noir à la tombée de la nuit. Les clients pourront retournés chez le marchand se plaindre, mais ils n'obtiendront ni explications ni remboursement. On ne s’improvise pas expert en panneaux photovolataïques du jour au lendemain. 

Batteries disproportionnées, matériel de contrôle inexistant, manque de sécurité: les panneaux vendus ne sont pas fiables. Ainsi, de nombreux burkinabés sont victimes de ce marché à bas coûts. A cause d'une mauvaise première expérience, les clients déçus perdent confiance dans une technologie qui aurait pu améliorer leur quotidien, et généraliser l'utilisation d'une énergie propre dans le pays. 

Deux entrepreneurs à contre-courant


Pour atténuer cette méfiance croissante, Marcellin et André décident de développer un produit solide et durable. Pour leur équipement, ils
 démarchent des partenaires reconnus du secteur à l'international comme Lorentz, leader mondial du pompage solaire, et Victron, référence dans les systèmes de contrôle solaires. 

Afin de se différencier de la concurrence, ils développent une relation client à long terme en offrant une garantie de plusieurs mois et un service après-vente de maintenance du matériel. Les deux entrepreneurs expliqueront d'ailleurs que c'est grâce au bouche à oreille que leur entreprise a conquis de nouveaux marchés, notemment face aux entreprises étrangères implantées dans la région.

Aujourd’hui, l’entreprise compte quatorze employés, des centaines d’installations et s’affirme comme l’une des références en matière d’énergie solaire au Burkina Faso. AES a maintenant la volonté d’élargir son action vers les zones les plus reculées du Burkina Faso, avec un système de paiement adapté à ces populations (Pay-As-You-Go, paiement mensuel par SMS).

« On est parti d’un capital zéro, mais le plus gros capital c’est ce qu’on a dans la tête »


Dans le solaire comme dans d’autres secteurs, l’émergence de nouvelles technologies est d'abord perçue comme une opportunité de gagner de l’argent. Les entrepreneurs ne prennent pas souvent en compte la mission d'intérêt général induite par l'innovation.

Heureusement, certains professionnels cherchent d’abord à maîtriser les technologies et à répondre aux mieux aux besoins des populations.

Dans cette perspective, Marcellin et André jouent la carte de la sincérité et de la satisfaction des clients, tout en créant des emplois sur le long terme. La clé d’un développement durable de la société ?



Maxime Delacourt et Simon Chaillou, étudiants ingénieurs de Grenoble, sont partis cinq mois en Afrique de l'Ouest à la rencontre d'entrepreneurs sociaux inspirants pour partager leurs solutions et leur histoire avec les étudiants africains. Ainsi, l'équipe de 
Ricochets réalise des supports de cours et des ateliers à destination des écoles d'ingénieur et de commerce partenaires dans la région.

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