Des étudiants sénégalais recyclent les milliers de pneus abandonnés dans les rues.

Des étudiants sénégalais recyclent les milliers de pneus abandonnés dans les rues.

Yaye Souadou Fall, jeune femme sénégalaise de 22 ans, et déjà dirigeante de son entreprise. À vingt ans et les poches vides, elle s'associe à six de ses camarades de classe pour relever un défi environnemental de taille: trouver une application utile aux milliers de pneus abandonnés dans les rues des villes africaines, nids de maladies et de pollutions.

On dit souvent que la jeunesse a le pouvoir de construire le monde de demain —à condition d’avoir les outils et les planches. La bonne nouvelle, c’est que la démocratisation d’internet leur facilite la tâche: l’accès au réseau offre la possibilité d’apprendre, d’échanger et de créer sur des thèmes qu’ils ne maîtrisent pas forcément. Et lorsque les écoles accompagnent ces jeunes dans leurs projets d’entreprises, les résultats peuvent devenir épatants.

C'est le cas de Yaye Souadou Fall. Lorsqu'elle a l'idée de recycler les pneus usagers pour leur donner une seconde vie, elle
 est alors étudiante en école de commerce à l’ISM de Dakar. Gràace à sa formation, elle est experte en gestion, logistique et comptabilité, mais désarmée de compétences techniques. En plus de construire un business plan, son principal défi: trouver une nouvelle utilité à ces pneus.

«On ne connaissait pas la technologie: on a tapé sur Google, on a fait pleins d’expériences.»


Comment inventer de nouveaux produits à partir de vieux pneus usés? La fine équipe d'étudiants trouve la réponse après plusieurs semaines à chercher sur le web: un pneu broyé peut se transformer en une nouvelle matière à fort potentiel. Pour tester leur découverte, le groupe décide d'utiliser un outil pour le moins rudimentaire: un hachoir à viande. Après des résultats concluants, les idées d'usages fourmillent dans leurs têtes; ils décident de créer des carreaux utilisables comme revêtements de sol pour les terrasses, trottoirs ou aires de jeux. La start-up E-cover vient de naître.


Aujourd'hui, nombreux sont les étudiants suivant des formations dans les écoles supérieures d’Afrique de l’ouest et ayant les compétences intellectuelles nécessaires au montage de projets d’entreprises. De plus en plus d’écoles l’ont d’ailleurs compris et donnent cette opportunité aux jeunes volontaires. 
 

Comment financer son projet quand on est jeune, fauché et inexpérimenté? 


La levée de fonds est surement l’une des plus grandes sources de doutes pour les jeunes qui ont soif d’entreprendre: comment prouver à des investisseurs que son projet est viable malgré sa jeunesse et son manque d’expérience? Les écoles n’ont souvent pas de réponse à leur donner. Souadou et son équipe ont essayé le crowdfunding, en essuyant le premier échec de leur jeune carrière. Il en fallait plus pour les démobiliser. Cette chute leur a même permis de fédérer une communauté d’individus qui leur ont ouvert de nouvelles portes. De fil en aiguille, Souadou participe à de nombreux concours locaux et internationaux. En 2016 à l’Anzisha Prize, elle remporte 15 000 dollars et de précieux conseils pour accélérer le déploiement de son projet (1).


Cette ascension n’est pas le fruit du hasard: son opportunisme, son aisance à l’oral aussi bien en français qu’en anglais, sa détermination, son sourire, et son insouciance ont touché les gens et hissé la start-up E-cover au rang de véritable entreprise. L’équipe compte encore aujourd’hui quatre étudiants dans ses rangs. La première usine vient de voir le jour dans une zone défavorisée de la capitale et va permettre à l’entreprise de passer à l’échelle industrielle pour poursuivre ses ambitions. Si la lumière de ce succès grandissant est tournée vers Yaye Souadou et ses associés, c’est avant tout son école qui a su faire émerger cette initiative. En proposant dans son cursus la possibilité de simuler la création de son entreprise depuis la formulation de l’idée jusqu’à l’écriture du business plan, l’école ose faire le premier pas et permet l’émergence d’initiatives concrètes. De plus en plus d’écoles comprennent l’intérêt d’une telle démarche. En espérant que de plus en plus d’établissements africains leur emboîtent le pas.


(1) E-cover a également un partenariat avec l’African Leadership Academy, la Marstercard Foundation, le CJD International, le Hub Africa, Jeader et la Fondation Friedrich Naumann. 


Maxime Delacourt et Simon Chaillou, étudiants ingénieurs de Grenoble, sont partis 5 mois en Afrique de l'ouest à la rencontre d'entrepreneurs sociaux inspirants pour partager leurs solutions et leur histoire avec les étudiants africains. Ainsi, l'équipe de 
Ricochets réalise des supports de cours et des ateliers à destination des écoles d'ingénieur et de commerce partenaires dans la région.


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