Créons les Apple équitables, Uber coopératifs et autres Amazon solidaires de demain !

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Innovation sociale : voilà un concept qui permet d'affirmer haut et fort que les fabricants de tablettes ou les géants du net n'ont pas le monopole de la disruption. Le social peut lui aussi être dans l'innovation de rupture! La définition donnée par le Conseil supérieur de l'Economie sociale et solidaire (CSESS) est d'ailleurs sans équivoque: «L'innovation sociale consiste à élaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits».

Ces réponses nouvelles sont souvent le fruit d’une observation, d’une indignation ou d’une idée de génie. Les milliers d’entrepreneur.e.s sociaux, des intrapreneurs ou des citoyens en sont les artisans. Mais n’est-ce pas là justement que le bât blesse? Que l’innovation sociale ne reste qu’au stade de l’artisanat ?

Pourquoi point d’Apple équitables, d’Uber coopératifs ni d’Amazon solidaires ?

Question de moyens, répondra-t-on. Bien sûr! Même si des financements ont été créés pour soutenir la R&D sociale, ils peuvent être améliorés pour mieux répondre aux enjeux sociaux et environnementaux de notre époque. Conséquences de (non) choix politiques? Sans aucun doute... La tendance des pouvoirs publics à construire leur relation avec le secteur social sur la base d’appels à projet - qui sont autant d’injonctions à innover - finit par entraver la disruption. Jamais gouvernement n’a imposé à des entreprises d’inventer l’économie collaborative. Alors pourquoi intimer l’ordre à l’Economie sociale et solidaire d’innover sur le champ des circuits courts, de l’économie circulaire ou de l’insertion ?

Le bas niveau des financements et le rapport du politique vis-à-vis du tiers secteur expliqueraient donc que l’innovation sociale demeure confidentielle. Assurément. Mais n’y aurait-il cependant pas à interroger les méthodes et les approches qui permettent à une innovation sociale de voir le jour?

L’innovation sociale est souvent le résultat de l’intuition d’une personne, de sa sagacité, de son intelligence. Mais jusqu’à preuve du contraire, la souris d’ordinateur ou le premier Iphone n’ont pas été inventés par un seul individu. Ils sont l’aboutissement d’une conception basée sur la connaissance de l’utilisateur et sur l’anticipation de ses envies et de ses besoins. Pour arriver à l’évidence de l’Iphone, les équipes d’Apple se sont alliées à des consultants en innovation et à des designers. Tous se sont mis en empathie avec les utilisateurs finaux, se sont immergés dans leur quotidien pour observer leurs usages, ils les ont conviés à des ateliers d’idéation, ont réuni les multiples parties prenantes de l’entreprise pour imaginer le smartphone. Ensemble, ils ont testé les premiers prototypes, ont tout réduit à néant pour tout recommencer. Cette méthodologie basée sur l’empathie vis-à-vis de l’utilisateur final et sur l’intelligence collective c’est le Design Thinking (ou la Pensée Design en bon Français).

En France, l’économie sociale et solidaire, laboratoire des innovations sociétales s’il en est, s’est très peu appropriée l’approche du Design Thinking. Pourtant, cette méthodologie pourrait être un fabuleux accélérateur d’innovations sociales. En Hongrie, elle a par exemple permis à une association d’optimiser ses services auprès des personnes en situation de handicap, en vivant le quotidien d’hommes et de femmes en fauteuil roulant pour designer un nouveau service. En Australie, un programme éducatif forme les jeunes élèves à devenir des entrepreneurs sociaux en puissance grâce au Design Thinking. En Suède, l’Agence des collectivités locales, s’est alliée à une agence de Design Thinking pour changer radicalement les services sociaux proposés aux citoyens.

Etant centré sur l’humain, la compréhension de ses envies, de ses problèmes et de ses aspirations, le Design Thinking permettrait à une entreprise sociale ou à un territoire de développer des solutions très adaptées à ses publics. Mieux ! Il les associerait au processus de conception de ces solutions. Pour un champ qui revendique l’implication de ses parties prenantes à ses activités et à sa gouvernance, on ne peut pas rêver mieux.

Les lignes bougent enfin. La biennale de Saint-Etienne a programmé en 2017 des ateliers “usagers” avec des entreprises de l’ESS. Des entreprises sociales comme LK Ecowork nouent des partenariats avec des écoles de Designers pour accélérer la concrétisation de leurs projets et les adapter aux besoins de leurs publics. Mais nous ne sommes qu’aux balbutiements de la rencontre entre Design Thinking et Innovation sociale.

N’attendons plus! Créons des espaces de dialogue et de co-création entre designers et entrepreneurs sociaux. C’est ce que nous espérons réaliser en lançant le collectif Open Design for Social Change. Il est ouvert à tou.te.s dès aujourd’hui.

Et si, ensemble, on faisait en sorte que l’innovation sociale soit vraiment synonyme d’empathie ?

Si vous êtes intéressé.e.s à rejoindre Open Design for Social Change, pour participer à la réflexion autour de ce Think and Do tank et à sa future programmation, écrivez à OpenDesign.SocialChange@gmail.com

 

Rémi Bottriaux



Designer de formation, Rémi a travaillé plus de 8 ans au sein de l’agence In Process où il a conseillé des grands groupes (Orange, L’Oréal, Ratp…) sur des problématiques d’innovation centrée sur le design. Dans une vie parallèle il est également le batteur du groupe de Blues Rock Wooden Shields.


Julien Bottriaux


                              
Julien a été directeur de l’Atelier – Centre de ressources de l’économie sociale et solidaire. Il a collaboré avec Ashoka Canada et travaillé avec de nombreux entrepreneurs sociaux pour imaginer des solutions innovantes aux défis sociaux et environnementaux. Il mobilise à présent les méthodes du Design Thinking pour aider les entreprises à innover socialement.

 


© illustration: Mercedes Bazan

 

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