Pourquoi les entrepreneurs sociaux sont-ils si optimistes?

Pourquoi les entrepreneurs sociaux sont-ils si optimistes?

Le deuxième baromètre du moral des entrepreneurs de l'économie sociale et solidaire (ESS) est sortie. Et, devinez quoi, ces dirigeants altruistes affiche un optimisme à rompre vents et marées électoraux! Ne vous y trompez pas, l'ESS est loin d'être un monde de bisounours déconnectés de la réalité. Portrait de ces entrepreneurs ovnis.

Pour en savoir plus sur le profil, le moral et les attentes des acteurs de l'ESS, Aviva et La Ruche ont publié le deuxième volet d'une enquête Opinion Way entamée en 2015, en partenariat avec le Mouves, Le Comptoir de l’Innovation et le Groupe SOS.

Cliché(s) de l'entrepreneuriat social

Pour la première fois depuis dix ans, l’ESS compte plus de deux millions d’employés à temps plein. 
Pour dresser leur portrait robot, imaginez plutôt un homme (64% des répondants) ne dépassant pas la cinquantaine (comme 76% d’entre eux). Il travaille en région (seuls 30% de parisiens) avec une équipe restreinte (la moitié ont moins de 5 collaborateurs) qui bûchent au service de causes sociales (seuls 27% ont choisi l’environnement comme champ d’action).

Vous avez en tête l’image d’une économie exclusivement constituée de petites structures de proximité? Détrompez-vous, les établissements de plus de 10 salariés concentrent près de 85% des emplois du secteur. On y compte même plus d'organismes de taille moyenne que dans le reste de l'économie.

Des entrepreneurs plus optimistes que la moyenne ...

Lorsqu’ils envisagent l’avenir, la majorité des dirigeants français (62%) doutent sur les perspectives économiques de leur entreprise. Les entrepreneurs sociaux, eux, n’ont aucun mal à se projeter. Ils sont 93% à avoir pleinement confiance en leur structure, qu'il s'agisse d'une coopérative, d’une start-up, d’une association, ou d’un autre organisme. 

Pour justifier leur bonne humeur, une minorité cite l’utilité sociale de leur activité. En revanche, la majorité s'accorde à dire que le contexte socio-économique joue en leur faveur, assez pour estimer que leurs activités se développent avec de belles perspectives. Rappelons que leurs business alimentent environ 10% du PIB de la France, et que cette part ne cesse de croître depuis quatre ans. Sans compter les bénéfices économiques et sociaux induits par leurs activités (comme les coûts évités grâce à l’action des associations ou des entreprises d’insertion), et la valeur ajoutée produite par leurs partenaires et membres.

...dont le moral dépend aussi de l’argent qu’ils gagnent

Si les entrepreneurs sociaux ne sont pas happés par l’impératif de rentabilité, le financement de leur activité reste leur principale source de préoccupation. 70% des acteurs de l’ESS confient être affectés par ces problématiques.

Notez que pour ces derniers, le profit n’est pas une fin en soi. La logique de l'entreprenariat social encourage les dirigeants à limiter la rémunération des actionnaires mais, comme pour toute entreprise, les bénéfices sont souhaitables car ils engagent la viabilité de la structure. Réinvestis dans l’organisme, ils permettent de maintenir et développer leur activité, et gratifier leurs salariés.

L'environnement politique et économique actuel n’aide pas à rassurer ces dirigeants. La baisse des dotations publiques s’accentue à chaque nouvelle loi de finances, et la multiplication des plateformes de financement participatif met les entreprises de l’ESS en concurrence sur le marché de la solidarité.

...mais dont les intérêts sont moins bien représentés en politique

65% des entrepreneurs sociaux se plaignent de ne pas être assez écoutés par les pouvoirs publics. Aucune surprise, dans les débats et les grands discours, les onze prétendants à la présidence française ont négligé les problématiques de l'entrepreneuriat social. Preuve de ce désintérêt collectif, seul Benoît Hamon —déjà érigé candidat porte-voix de l’ESS dès le début de la campagne, son nom porte la loi-cadre qui a unifié le secteur en 2014— s'est déplacé en personne à une des rencontres publiques initiées par les représentants du secteur.

La sentence des entrepreneurs sociaux est sévère, l’ESS a quand même trouvé une place dans le programme des principaux candidats —à l'exception de celui de Marine Le Pen qui n’y fait jamais mention. À Gauche, elle s’est imposée comme un acteur indispensable à la transition écologique et sociale. À Droite, on la reconnaît comme gisement d’emplois et allié de la puissance publique sur le terrain de l’action sociale. Quant aux discours des Macronnistes, elle incarne jusqu’à la dynamique même du mouvement En Marche!: la libération des énergies collectives, l’entrepreneuriat optimiste, et l’expérimentation inspirante.

Déçus, la majorité des répondants auraient souhaité que l’ESS soit un thème phare dans ce temps électoral. Parce que l'Etat leur délègue une partie de ses missions sociales et environnementales, comme la lutte contre le chômage ou la promotion de l’agriculture responsable. Et parce que "les subventions allouées ne sont pas à la hauteur des ambitions déléguées”, précisait le président de la Chambre ESS dans un entretien au Nouvel économiste. Conclusion, 83% des entrepreneurs sociaux se méfient des institutions. 

Quelles que soient les ambitions du futur président de la République, il ou elle ne pourra pas faire la sourde oreille longtemps. Les entrepreneurs sociaux sont chaque année, et ce depuis dix ans, à l’origine d’un emploi sur cinq créé en France.


 

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