Le premier rassemblement des freelances: bientôt une conscience de classe?

Le premier rassemblement des freelances: bientôt une conscience de classe?

A l'occasion de ses cinq ans, Mutinerie organise la première "Freelance Fair" le 16 mars à la Bellevilloise, à Paris. Le pionnier du coworking en France entend faire de cet événement le plus grand rassemblement des acteurs du travail indépendant. Près de 500 personnes sont attendues à cette demi-journée qui rassemblera des penseurs, collectifs, start-up et acteurs institutionnels engagés autour de la transformation du travail.

Organisée sous le parrainage de la Maif, en partenariat avec Hopwork, le Groupe UP, Creativ Link et avec le soutien de la CFDT, la Freelance Fair proposera des ateliers, débats et conférences, suivis d'une soirée concerts, de 14 à 22 heures. A une semaine de l'événement, Socialter s'est entretenu  avec Antoine van den Broek, président fondateur de Mutinerie, pour décrypter l'événement et ses enjeux.

Socialter: Qu'est-ce que la Freelance Fair et à qui s'adresse-t-elle ?

Antoine Van Den Broek: La Freelance Fair est à ce jour le plus gros événement dédié aux freelance en France. Pensé par, pour et autour des freelance, elle s'adresse à la fois aux travailleurs indépendants, à ceux qui sont tentés de le devenir et à ceux qui les sollicitent, à savoir les grands groupes, les PME, les associations et les start-up. L'événement prévoit donc trois parcours, selon ces trois profils. En terme de format, il y aura onze plénières, accessibles à tous. Elles porteront sur des considérations très pratiques, comme le choix du statut ou l'accès à la protection sociale, et des considérations plus macroéconomiques, comme le modèle social d'une société post-emploi. En parallèle, des ateliers en groupes de dix seront proposés, accessibles selon son statut. Ils porteront sur des thèmes très précis, comme la comptabilité, le mode de vie ou l'accès à un congé maternité pour les femmes. Ce côté très pratique est une originalité par rapport à ce qui se fait déjà. Sans oublier la taille de l'événement. En rassemblant des centaines d'acteurs du monde des freelance, nous souhaitons participer à l'émergence d'une identité de groupe, voire à une conscience de classe.

Cela fait des années que le travail des freelance se développe. Pourquoi organiser cet événement maintenant ?

A Mutinerie, nous réfléchissons depuis six ans sur le travail indépendant et nous avons ouvert notre premier espace de coworking il y a cinq ans. Au cours des années, nous avons observé des évolutions très rapides, notamment en ce qui concerne la perception que les indépendants ont d'eux-mêmes et celle que la société a d'eux. Au début, les freelance que nous accueillions étaient en majorité des étrangers, qui avaient besoin d'un peu plus de sociabilité que les autres. Il s'agissait aussi de personnes quelque peu excentriques. Avec le temps, le public est devenu plus français et plus mainstream. Des salariés d'entreprise viennent désormais chez nous. Tout cela montre que le freelancing s'est intégré dans notre société. Ce constat, que Mutinerie a observé à sa petite échelle, est partagé par beaucoup d'autres espaces de coworking dans le monde. A nos yeux, nous vivons actuellement un basculement. Toujours plus de métiers se font en freelance. C'est un choix de vie professionnel qui interpelle de plus en plus de travailleurs. Cela s'observe aussi dans les médias et dans les discours politiques, qui parlent davantage du travail indépendant, que ce soit comme possibilité de s'épanouir ou pour dénoncer un sous-contrat de travail. Face à cela, nous avons considéré qu'il était urgent d'avoir un événement d'envergure sur le sujet. Cela tombait bien avec la symbolique des cinq ans de Mutinerie. Mais notre objectif est d'instituer un événement qui reviendra chaque année.

Que diriez-vous à un freelance qui hésite à s'y rendre ?

Un travailleur indépendant à plein de bonnes raisons de venir. La première est que l'on va parler de lui et de sa réalité, ce qui n'arrive pas si souvent. Ensuite, l'événement va donner accès à une sorte de guichet unique : tous les acteurs que le freelance peut être amené à côtoyer, que ce soient les administrations ou les plateformes qui se créent pour répondre à ses besoins, seront réunis au même moment, au même endroit. Une première. Et puis c'est l'occasion, surtout pour ceux qui ne sont pas intégrés dans des réseaux, de rencontrer et d'échanger avec d'autres indépendants. C'est important pour le côté personnel. Sur les problématiques de rythmes de vie, d'emploi du temps ou d'accès au logement, connaître les choix des autres et avoir leur retour peut aider à y voir plus clair. Et c'est important pour le côté business, car on peut apprendre des erreurs des autres ou récupérer des missions ou clients. Sur ce point, il y aura d'ailleurs un lieu de rencontres entre des organisations cherchant des compétences et des freelance. Donc si les participants se débrouillent bien, ils pourront repartir avec des missions. Enfin, il y a un intérêt intellectuel à venir. Le freelance peut travailler dans son coin mais il fait parti d'un mouvement beaucoup plus large. C'est important qu'il prenne une journée pour y réfléchir, pour savoir dans quoi il s'inscrit. Quand ils sont interrogés, les freelance se disent souvent heureux mais avec le sentiment d'être incompris de leur entourage. Avoir une conscience collective peut aider les freelance à s'assumer et s'épanouir.

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Propos recueillis par Marion Garreau.

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