Faire-play 4/4 : Fab Labs, état d'urgence ?

Faire-play 4/4 : Fab Labs, état d'urgence ?

Les fab labs bousculent nos pratiques, qu'elles soient industrielles, sociales ou politiques. Ces cinq dernières années, l'expérimentation du MIT est devenue la coqueluche des médias spécialisés : tout le monde veut son propre fab lab. Faut-il céder à l'emballement général? Quel avenir attend les laboratoires de fabrication numérique?

Les montreurs de voies…

Les fab labs ont réussi l’invraisemblable pari de sortir le concept de l’open source du seul monde du logiciel. Plus encore, ils ont réussi celui de se servir des préceptes de la culture du partage pour définir de nouvelles interactions entre citoyens. Ils sont donc la preuve tangible que la reconfiguration de notre société est possible, que l’innovation sociale est là, tout juste à notre portée.

Cela, si vous avez lu les précédents articles de cette série, vous l’aurez sans doute compris. Mais s’il ne faut retenir qu’une seule chose de ce constat, c’est que ces laboratoires nous ouvrent d’authentiques nouvelles voies à suivre. Ce sont avant tout des espaces d’expérimentation et de partage de connaissances, un terreau idéal pour tester et développer les bonnes pratiques de demain. Un terreau qu'il faut protéger.

… à point nommé

Suite aux différentes crises, notre industrie et notre économie ont besoin de se réinventer. Le modèle fab lab semble alors être le bon domaine dans lequel investir. Pour preuve, l’État n’hésite pas à injecter 2,2 millions d’euros dans le financement de ces espaces, les grandes marques proposent leurs pièces détachées en open source et leurs concurrents ouvrent leur propres fab labs.

Où est le problème? Le sens. Quel est le sens de toute cette dynamique entourant les fab labs? Nous vivons dans un monde où l’innovation est désignée comme le but ultime. Et pour ce faire, nous nous sommes dotés d’outils très puissants, ouverts à tous. Mais dans cette course à la fabrication, nous avons oublié de nous demander pourquoi nous faisions tout cela.



Si les fab labs nous ont donné les clefs d’une fabrication personnelle libre et à la portée du plus grand nombre, ils doivent pourtant se défendre d’être les instruments d’une société et d’institutions à bout de souffle.

Alors comment éviter un scénario où les fab labs seraient condamnés à n’être qu’un idéal impossible à atteindre ? Vont-ils laisser leur place à des ateliers intéressés, à but purement lucratif?

Animer le partage

Déjà, la documentation pourrait être une solution. Cependant, comme bon nombre de produits open source pourtant novateurs, elle est peu attractive. Olivier, maker confirmé et usager de plusieurs fab labs des Pays de la Loire, confirme : "beaucoup de puristes insistent sur le fait d’ouvrir le code et la documentation de leurs logiciels, mais cela ne sert à rien si l’interface fait fuir les utilisateurs!".

Le voilà donc, le mal dont souffre l’open source. À force de purisme, une partie de la culture du partage s’est fermée au reste du monde, empêchant le mouvement de se développer plus efficacement. Ce mal, il gronde aussi dans nos fab labs. Tous cherchent la plate-forme de documentation idéale sans voir que c’est l’expérience et non l’outil qu’il faut d’urgence repenser.



Il faut donc ludifier la documentation. L’utiliser comme outils d’animation : transformer ce fonctionnement pilier des fab labs en une expérience unique, indissociable de ces ateliers et à la hauteur des solutions propriétaires les plus populaires. À contre courant des résistances à l’écriture, au code, à l’évaluation, il faut conjuguer transmission (donc documentation) avec simplicité, rapidité, satisfaction immédiate.

Pour lire les autres épisodes de Faire-play :
Épisode 1
Épisode 2
Épisode 3


Crédits : 
Photo de Une : Knowtex
Photos 2 et 3 : Thibaut Métivier


 Thibaut Métivier est un jeune designer nantais à l'origine de Lift, un écosystème qui réinvente l'expérience documentaire dans les lieux d'innovations. Après avoir étudié le design d'espace et les services numériques, il se tourne désormais vers une conception plus sociale du design : développer les outils adaptés à l'évolution d'une société plus humaine. Cette série d’articles est inspirée par son travail pour son mémoire de fin d’études.
 

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