[Présidentielles 2017] La décroissance, une nouvelle donne dans le débat politique ?

[Présidentielles 2017] La décroissance, une nouvelle donne dans le débat politique ?

Une société post-croissance ? C'était le thème phare d'un forum au Pavillon de l'Arsenal jeudi 16 décembre, organisé par la sociologue Dominique Méda avec les candidats à la présidentielle. Parmi eux, certains commencent à remettre en cause le modèle de croissance dominant.

“Êtes-vous d’accord pour dire que la croissance n’existe plus, pour arrêter de parler d’un retour de la croissance ? Êtes-vous prêts à remettre en question la croissance, y compris la croissance verte?” C’est ainsi que la sociologue Dominique Méda a donné le ton de la soirée, et brisé un tabou du débat politique d’aujourd’hui, en demandant aux candidats d’imaginer une politique ayant d’autres buts que les sacro-saintes “croissance” et “productivité”.

Face à elle, des candidats à la primaire de la gauche, Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Vincent Peillon et Jean-Luc Bennahmias; ainsi que Yannick Jadot pour les écolos, Serge Grouard pour les Républicains, et Martine Billard pour La France Insoumise. Chacun à leur tour, ils ont eu 8 minutes pour donner leur vision de la “transition écologique”. Petit tour de table des candidats déjà passés en mode post-croissance.


Martine Billard pour La France Insoumise “Il faut juger de l’utilité des consommations et des productions, et seulement substituer ce qui est utile."


 

“Le changement climatique doit être au centre de tout programme” a annoncé la représentante de Jean-Luc Mélenchon.

Leur programme à eux remet en question l’hyper-consumérisme, grâce à une transition énergétique en deux volets: évaluer l’utilité des consommations d’énergie, éliminer les gaspillages, et puis substituer l’énergie fossile par des énergies propres.

Il faudrait également “refuser de mettre une valeur à la nature”, en inscrivant dans la constitution la notion de biens communs comme l’eau et l’électricité, et une “règle verte” pour interdire des projets trop nuisibles pour l’environnement, comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, ou encore des projets d’hypercités, car les deux stérilisent des terres agricoles.

Enfin, il faudrait installer une limite haute aux salaires, pour éviter les dépenses trop extravagantes. A partir d’un certain seuil, pourquoi des personnes auraient besoin de plus, si ce n’est  “pour gaspiller et spéculer sur la planète ?”

Yannick Jadot : “En luttant contre le dérèglement climatique, on lutte aussi contre le dérèglement démocratique.”


 

La remise en cause du consumérisme a longtemps été au cœur du programme d’EELV, et Yannick Jadot ne fait pas exception. Parlant sur ses thèmes de prédilection, il est allé plus loin dans la présentation de la mise en œuvre concrète de la transition à un nouveau monde. Cela commencerait par la décentralisation énergétique. Grâce à la “réappropriation citoyenne à l’échelle locale de l’énergie,” la France pourrait passer aux énergies renouvelables, qui se sont déjà montrés moins chères, et qui permettraient en plus de créer des emplois sur tout le territoire, et de ramener des services sociaux et de la culture dans des régions longtemps oubliées. Cette réappropriation citoyenne serait au cœur de la reconstruction démocratique. Ainsi, l’investissement à grande échelle dans l’énergie renouvelable n’aurait pas comme seul effet une économie plus durable, mais permettrait également de recréer du lien, et de “commencer à réduire toutes les crises de solidarité.”
 
 


Benoît Hamon “Il faut être fou ou bien dangereux pour dire que la croissance n’a pas de lien avec le changement climatique”

 

Même au sein du parti socialiste, il existe un ambassadeur d’un monde post-croissance. Benoît Hamon, défenseur d’une gauche décomplexée, accepte de briser les tabous.

Il dit ne plus croire à l’idéologie unique, avec la croissance comme seul but de nos sociétés. “On n’arrive plus à atteindre la croissance des trentes glorieuses,” a-t-il annoncé, et ce que cette croissance coûterait en termes de progrès sociaux et d’environnement la rend pas souhaitable.” Il faudrait donc changer de modèle, et ne plus avoir “comme seule boussole la PIB”.

Selon Benoît Hamon, ce changement de logiciel est une nécessité pour le parti socialiste, car “aborder les questions sociales sans aborder les questions écologiques est un non sens.”
 

Une question que certains continuent à contourner

Une autre vision de l’économie émerge bel et bien parmi les candidats à la présidentielle. Et c’est bien ce qu’espèraient Dominique Méda, Alain Kauffmann et Dominique Bourg, respectivement sociologue, philosophe et biologiste, qui ont organisé cet événement à l’occasion de la sortie de leur ouvrage L'âge de la transition.

Pour eux, cette transition serait une « formidable opportunité ». « Cette société post-croissance, écrivent-ils, dont l’objectif serait de satisfaire les besoins sociaux et non plus de poursuivre l’augmentation des biens et services produits, peut également nous permettre de rompre avec l’actuelle perte de sens du travail que l’on observe dans de nombreuses sociétés, occidentales ou des pays émergents.»

Tous les candidats n’étaient pas convaincus, et les quatre autres ont préféré contourner la question, avec des méthodes aussi élaborées que ingénieuses.

Côté républicain, Serge Grourard a préféré répéter à quel point le monde allait très mal, chiffres et catastrophisme à l’appui, puis d’expliquer à quel point il serait très dur de changer quoi que ce soit. Vincent Peillon, quant à lui, a décidé de parler de tout sauf de l’environnement, en abordant d’autre sujets brûlants, entre Alep et la crise grecque. Arnaud Montebourg se voulait un peu plus subtil: pour assurer son facteur écolo, il répétait à intervalles régulières “je suis d’accord avec Jadot”. Sans reprendre les idées anti-consuméristes du candidat d’EELV, ni réussir à désindustrialiser son image de ancien ministre du redressement politique. Quant à Jean Luc Bennahmias, il a noyé le poisson en nommant toutes les grandes figures de la lutte environnementale en France, avant d’arrêter son discours au bout d'un peu plus de 6 minutes, sur les 8 qui lui étaient imparties.

 

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