Pour booster la solidarité, ils imaginent la vente aux enchères de temps

Pour booster la solidarité, ils imaginent la vente aux enchères de temps

Pour mettre en relation des associations et des particuliers dans le besoin avec des gens disponibles pour leur venir en aide, Welp a imaginé un système particulier : la vente aux enchères. L'originalité? La monnaie d'échange n'est pas l'argent, mais le temps.

“Qui donne 30 minutes de son temps pour aider Shriman à parler français? Une demi-heure pour vous monsieur oui? Une heure à droite pour madame? Une heure trente? Deux heures ?! Adjugé à deux heures”. Le 7 décembre à Paris, Shriman, indien installé en France qui cherche à apprendre la langue, a été, avec d’autres, le lot d’une vente aux enchères un peu particulière… Une vente aux enchères solidaire! Pas très original, pensez-vous? Ce type d’événement permet régulièrement à des œuvres caritatives de récolter de l’argent? Détrompez-vous. Cette fois, la monnaie d’échange n’est pas l’euro, mais le temps.

Organisée par Welp, site et application visant à faciliter le bénévolat, la vente aux enchères avait pour but de mettre en relation des personnes ou des associations avec des personnes prêtes à les aider ponctuellement et gratuitement. “L’idée est de faire du recrutement de manière ludique”, expliquent Clémence et Léa, responsables marketing et communication chez Welp. “Les gens ont du mal à voir comment fonctionne le bénévolat version 2.0. Donc l’idée était d’organiser un événement physique pour leur permettre de mettre un premier pas dans l’univers de Welp.”



La seule condition pour participer à cette vente aux enchères? Avoir un peu de temps à offrir. Les lots sont donc variés: cours particuliers, visites de courtoisie, gardiennage d’animaux, aide administrative, informatique, bricolage… Marraine de l’événement, Geneviève de Fontenay salue l’initiative: “Je ne peux qu’apporter mon soutien, à l’heure où la misère s’installe en France. “Ce soir, les gens à qui vous allez faire plaisir, ce sont Shriman, Agata, Mélanie ou Sabrina. Le temps c’est ce qu’on a de plus précieux, ajoute Elsa Joly-Malhomme, commissaire-priseur qui animait la vente aux enchères.

“Adjugé à huit heures”

Une courte vidéo d’introduction sur l’entraide et la vente commence. Une main timide se lève doucement pour le premier lot. On sent des hésitations face à ce nouvel exercice. Mais plus le temps passe, plus le rythme s’accélère et on se prête rapidement au jeu. “Souvent, il ne faut pas hésiter à lancer la première enchère, raconte Anne, une habituée de ventes plus traditionnelles. “Pour aider des amis, lors de ventes aux enchères, je me mets dans le fond de la salle et lève la main la première pour faire partir la vente.



Certes, certains lots peinent à convaincre, mais la plupart trouvent preneurs – ou plutôt “donneurs” de temps. Françoise, future grand-mère d’une petite franco-mexicaine, va pouvoir apprendre des rudiments d’espagnol. Agata, petite fille handicapée qui adore rencontrer du monde, va partager deux heures de son temps avec une personne bénévole. Sabrina, étudiante à Aix-en-Provence en stage à Paris dès janvier, a désormais un hébergement pour le premier mois de son stage… Mais la bataille a fait rage pour le père de Valérie. “Un vieux monsieur qui aimerait pouvoir faire coucher sur papier ses souvenirs. C’est un homme qui a beaucoup voyagé et qui a envie de raconter”, commente Marie Treppoz, fondatrice de Welp. Là, les enchères s'enchaînent, personne ne veut lâcher, et c’est finalement Yazid : il consacrera 8 heures de son temps à partager les souvenirs du vieil homme.

L’heure des comptes

A la fin de la vente, plus de 70 heures de bénévolat ont été récoltées parmi la petite centaine de personnes présentes. Portées par l’ambiance, plusieurs personnes se sont montrées plus généreuses que prévu. Et à la fin, chacun fait le bilan. “Je ne sais même pas pour combien de projets je me suis portée volontaire, plaisante Florelle. Je suppose qu’ils vont m’envoyer un mail pour me les rappeler”. Connaissant bien Welp pour qui elle a déjà travaillé, Florelle n’avait jamais passé le pas du bénévolat. “Je comptais m’impliquer dans un projet étant donné que je finis mes études et vais avoir un peu de temps libre. Là, je me suis laissée porter par l’ambiance pour m’y engager.”



Même chose pour Anne, 73 ans, incapable de se souvenir précisément dans quels projets elle s’est engagée. “Je sais que j’en ai quatre, mais je ne sais plus précisément lesquels. Ce sont des choses dans mon domaine : l’art, la culture. D’une nature enjouée, elle veut donner un peu de son temps, entre toutes ses occupations, et encourage les autres à faire de même. Et pour ça, Welp, outil 2.0 qui veut d’abord séduire les moins de 35 ans, est sans doute une bonne solution. “De toute façon, je trouve que les jeunes sont très généreux”, renchérit Anne.

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