Tiers-lieu toi-même !

Tiers-lieu toi-même !

Tribune. Paul Richardet est chef de projets au Silicon Sentier, animateur de la Cantine et du NUMA, le Grand Lieu Intégré de l'Innovation.

Depuis longtemps, je préfère la définition d’« espace hybride et partagé » à celle de « tiers-lieu ». Je vais vous expliquer pourquoi.

L’expression « tiers-lieu » est devenue une référence avec l’ouvrage du sociologue Ray Oldenburg intitulé The great good place. L’auteur y analysait ces lieux de sociabilité nécessaires à l’individu, et situés hors de l’entreprise ou de la sphère privée. Par viralité, l’expression s’est ensuite répandue chez les chercheurs et professionnels travaillant sur les univers parapublics ou sur les nouveaux modes de travail. Mais cette formule me paraît construite hors-sol, par défaut : comme s’il restait, après avoir organisé la ville de manière civilisée et rationnelle, quelques endroits indéfinis et incertains, sorte de jachère immobilière, que l’on attribuait alors à des « tiers », exclus du contrat social.

Depuis la création de la Cantine en 2008, les espaces coworkings, fab labs et autres hackerspaces ont été nombreux à voir le jour, et il est désormais possible de définir de manière précise ce type de lieux. Pour cela, je reprendrais trois notions simples qui les caractérisent : « espace », « hybride » et « partagé ».

 

Espace tout d’abord. Qu’il s’agisse de coworking ou d’ateliers de fabrication numérique collaboratifs, toutes ces expériences s’incarnent dans un territoire défini. Ces nouveaux lieux sont une belle occasion pour les architectes, designers, urbanistes mais aussi pour les utilisateurs eux-mêmes, de repenser les espaces collectifs, de leur redonner du sens, et d’inventer des modes de fonctionnement originaux.

Hybride ensuite, parce que le mélange, la complémentarité et l’interdisciplinarité me semblent être les caractéristiques principales de cette nouvelle manière de vivre ensemble. Après l’hyperspécialisation, nos sociétés aspirent désormais à plus de transversalité. Le travail collaboratif, l’échange et la mixité font émerger une intelligence collective, contribuent à pacifier les relations sociales et favorisent une plus grande capacité d’adaptation. Concrètement, ces espaces facilitent les échanges entre techniciens et intellos, programmeurs et utilisateurs, jeunes et vieux, PME et grands comptes… Dans ces lieux hybrides, chacun peut trouver sa place, collaborer, et contribuer à un objectif commun.

Partagé enfin. C’est peut-être la notion qui suscite le plus de résistances. Car notre pays reste fondé sur des modèles paysans et royalistes, où le territoire et la sacro-sainte règle de la propriété règnent en maîtres. Mais aujourd’hui tout est dans l’interrelation. Et le numérique en ajoute une bonne couche avec le travail en réseau, la dématérialisation et le foisonnement de l’immatériel. Qu’il s’agisse des nouveaux modèles de l’économie collaborative, du logiciel libre ou de la participation des citoyens à l’élaboration des décisions collectives, tout nous démontre que les valeurs d’ouverture, d’échange, de contribution nous ouvrent une nouvelle ère d‘intelligence. Et pas uniquement pour assumer l’héritage de dettes financières ou écologiques. En constituant une expérience concrète de partage, ces nouveaux espaces sont donc les véritables laboratoires d’une vie collective pacifiée et créative.

Voili, voilà. Vous pouvez maintenant attacher vos ceintures et rabattre la tablette située devant vous. Nous allons bientôt atterrir. La température au sol est de saison. À bientôt sur nos lignes…

@paulrichardet

 
 
(Crédits photos : DR) 

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