À quoi servent vos voisins ?

À quoi servent vos voisins ?

"Choisir ses voisins est plus important que de choisir sa maison", dit le proverbe chinois. Pourtant, même si l'on vit à côté d'eux, on ne partage pas souvent grand-chose. Voici quatre réseaux qui ont décidé de changer la donne !

Article initialement publié dans Socialter n°17 (juin/juillet 2016) actuellement en kiosque.




Tout faire avec son « P’ti Voisinage »

« Le lien social s’est beaucoup dégradé dans nos sociétés », estime David Rouxel, qui a lancé la plateforme Mon P’ti Voisinage pour s’attaquer au problème. Le site regroupe tous les services possibles et imaginables entre voisins. Il ne s’agit pas seulement de faire des rencontres, ni même d’échanger des services et des objets. Vous vous rendez tous les jours à votre travail en voiture ? Embarquez avec vous des voisins qui vont dans la même direction. Vous souhaitez acheter de la nourriture en gros pour la payer moins cher ? Regroupez-vous avec les habitants de votre rue. Vous avez une suggestion sur l’aménagement urbain ? Proposez un sondage dans votre quartier. Cette approche « tout en un » a fait le succès de Mon P’ti Voisinage. Encore jeune, la plateforme compte déjà 100 000 membres répartis dans 7 000 « voisinages » (zones géographiques). Elle a aussi séduit la MAIF, qui a décidé d’y investir 1,7 million en novembre 2015. Outre-Atlantique, son équivalent américain Nextdoor a déjà levé 215 millions de dollars. Si Mon P’ti Voisinage est entièrement gratuit et sans commission, son modèle économique repose toutefois sur des partenariats avec des mairies ou des acteurs de l’habitat.

monptivoisinage.com



© Marine Le Breton

Rencontrer et militer sur Peuplade

La légende veut qu’il ait été le premier des réseaux sociaux, avant Facebook ! Lancé en 2004 par le sociologue Nathan Stern pour favoriser les rencontres et les projets entre les habitants du 17e arrondissement de Paris, Peuplade trouve aujourd’hui un second souffle sous l’impulsion de Grégoire Even qui a repris le projet. Pour commencer sur cette plateforme, il suffit de s’inscrire en trouvant sa « peuplade » géographique – le site en compte 41 754 qui couvrent tout l’Hexagone, dont 120 à Paris –, puis de renseigner ses centres d’intérêt. Peuplade permet alors d’accéder à la vie de son (ou ses) quartier(s) à la façon d’un flux
RSS : apéros, mais aussi repas, agriculture urbaine ou rendez-vous militants.
« Peuplade est utilisé comme un véritable média de quartier entre habitants qui souhaitent s’entraider et partager, confie Grégoire Even. Nous ne répondons pas à un besoin de marché, mais à un besoin de société. Les personnes qui rejoignent Peuplade partagent une vision du monde. » Actuellement, ce sont 18 000
« Peupladiens » qui se retrouvent dans cet « esprit village » – dont une bonne partie dans les quartiers est de Paris. Une quinzaine de rendez-vous y sont du reste organisés chaque semaine.

peuplade.fr



Échanger tous les objets sur Mutum

Privilégier l’usage à la possession. Lancé en octobre 2014, Mutum veut faire sien ce mot d’ordre de l’économie collaborative en démocratisant le prêt d’objets entre particuliers. Cuisine, bricolage, jardinage, livres, jeux ou même scooter… « On a à peu près tout, à part des êtres vivants et des armes à feu », plaisante Anouck Alarcon, responsable de la communication. De quoi faire des économies, tout en luttant contre les achats pas ou peu (utiles) grâce à vos voisins. « On développe d’ailleurs un calculateur pour connaître l’impact environnemental de ces prêts d’objets. » Tous les prêts qui passent par Mutum sont gratuits, mais pour faire correspondre l’offre et la demande, une monnaie virtuelle a cours sur la plateforme. Chaque objet prêté rapporte ainsi des « mutums » qui peuvent être utilisés à leur tour pour emprunter d’autres objets. « Cette monnaie est un gage de confiance et pousse à prendre soin des objets », explique Anouck Alarcon. On peut aussi acheter des mutums sur la plateforme, mais l’essentiel du modèle économique repose sur les « communautés de partage » que l’équipe développe à destination des grandes entreprises.

mutum.com



Rejoignez les voisins malins et solidaires

Comment réconcilier les habitants des quartiers populaires et les services
publics ? En 2010, Anne Charpy a l’idée de faire appel pour cela… aux voisins ! Dans tous ces quartiers, on trouve en effet des personnes motivées qui ont des compétences en rédaction, administration, social, médiation, etc. VoisinMalin repère et recrute ces habitants pour les transformer en... « voisins malins », qu’elle rémunère 120 euros par mois. Ils sont chargés de faire du porte-à-porte afin d’informer, accompagner et aider les autres habitants dans leurs démarches (droit, santé...), et leur permettre ainsi de gagner en autonomie. 20 000 familles résidant souvent dans les banlieues des grandes villes françaises ont ainsi bénéficié de leurs services. L’objectif d’ici 2020 est de couvrir 15 % des 200 quartiers prioritaires de France. VoisinMalin dépend de subventions publiques et privées, mais développe aussi des missions auprès d’acteurs tels que les bailleurs sociaux ou les collectivités territoriales.

voisin-malin.fr




Les voisins, un « marché » porteur ?

C’est un exemple qui revient sans cesse, comme un leitmotiv, dès que l’on évoque la consommation collaborative : pourquoi acheter une perceuse – dont on ne se servira qu’une seule fois – plutôt que de l’emprunter à quelqu’un ? Et quelle personne plus indiquée que notre propre voisin, à deux pas de chez nous, pour nous la prêter ? Bien que de nombreux sites se soient lancés sur le créneau de l’échange d’objets et de services entre habitants, peu avaient pourtant jusqu’ici réussi à percer. Certains, comme ShareWizz, avaient même dû mettre la clé sous la porte. Comme en témoigne le succès de nos applications, la donne commence à changer. « Il y a trois ans, l’économie collaborative était trop confidentielle. Le marché est enfin mature », avance David Rouxel pour l’expliquer. Et ce succès prend parfois des formes inattendues. Ainsi Lulu dans ma rue, une conciergerie de quartier ouverte à Paris pour connecter les particuliers aux « Lulus », des experts qui ont du temps disponible pour rendre des services. La jeune pousse à déjà reçu 120 propositions d’ouverture de nouvelles antennes partout en France !



Pour écouter Côme Bastin parler « Business voisinage » sur Radio Nova, le podcast du 7 juin par
ici !



Article initialement publié dans Socialter n°17 (juin/juillet 2016).


Retrouvez l'ensemble des articles #ideecollaborative sur consocollaborative.com 
L'heure est au collaboratif et au partage. En partenariat avec la MAIF, Socialter décrypte les tendances d'une nouvelle économie mêlant réseaux, communautés et fin des hiérarchies.

(Crédit image en une: 20th Century Fox Film Corp. All Rights Reserved/Courtesy Everett Collection) 

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