Ces algorithmes qui changent le monde

Ces algorithmes qui changent le monde

Placé entre de bonnes mains, le pouvoir du numérique peut être un véritable vecteur de changement, levier d'insertion et d'autonomisation.

Dans une ancienne usine de Montreuil, des réfugiés apprennent à coder. À quelques kilomètres de là, un enfant autiste peut aller à l’école, grâce à la tablette numérique qu’il serre entre ses bras. Dans un quartier défavorisé de Birmingham, une application mobile aide un jeune homme à formuler ses idées politiques pour la première fois.

Lorsqu’elles sortent de la Silicon Valley, les lignes de code ont le pouvoir de profondément bouleverser notre société, et bien qu’elles saturent parfois la mémoire de nos smartphones, les applications mobiles peuvent faciliter l’inclusion, entre les mains de ceux qui n’ont pas toujours les moyens de s’exprimer.

La bonne nouvelle, c’est que pour apprendre à coder, personne n’a besoin d’un bac +5. C’est la philosophie de Frédéric Bardeau, fondateur de Simplon.co. Dans une douzaine de “fabriques” à travers la France, cette start-up sociale fait de l’apprentissage du “coding” un levier d’insertion pour des personnes exclues de l’emploi. En plus des dizaines de formations intensives menées chaque année, le programme Refugeeks accueille depuis quelques semaines une quinzaine de réfugiés, formés à la programmation informatique parallèlement à l’apprentissage du français. Avec plus de 80% de ses apprentis en situation d’emploi durable trois mois après leur formation, Simplon.co montre que le numérique peut être vecteur d’inclusion, de diversité et de mixité.
 

Il n'a jamais été aussi facile de s'exprimer

Le numérique est aussi un formidable outil au service de l’innovation sociale. Par le
développement d’une série d’applications mobiles, Gaele Regnault, fondatrice de LearnEnjoy, révolutionne le système d’accompagnement de l’apprentissage des enfants souffrant d’autisme. Aujourd’hui en France, 1 enfant sur 100 naît autiste. Des milliers d’entre eux restent exclus du système éducatif et ne bénéficient pas d’un suivi spécialisé régulier. Les applications de LearnEnjoy fournissent à ces enfants extra-ordinaires l’accompagnement essentiel au développement de leur autonomie, de leur capacité de communication, de compréhension et d’apprentissage. Elles leur permettent de rejoindre des établissements scolaires classiques ou adaptés et donnent la possibilité à leurs parents et professeurs de suivre leurs progrès. Là où les institutions publiques peinent à fournir les services adaptés, une application mobile permet de mettre directement les solutions entre les mains des premiers concernés.

Enfin, le numérique a fait naître un monde où il n’a jamais été aussi facile de s’exprimer, d’échanger et de partager des idées. Dans un contexte où le fossé se creuse entre les institutions politiques et la jeunesse, l’organisation Bite the Ballot, lancée par Michael Sani, a saisi cette opportunité. Elle s’appuie sur le pouvoir des réseaux sociaux pour encourager la jeunesse anglaise à prendre la parole et à s’engager en politique. À la veille des élections générales de 2015, il a lancé l’application mobile Verto, qui s’adresse à ces jeunes déconnectés du débat public. L’application leur permet de comparer leurs propres valeurs aux programmes des différentes formations politiques, et de rattacher les questions politiques à leur quotidien. Utilisée par plus de 250 000 jeunes de moins de 35 ans en quelques mois, Verto débarrasse la politique de son jargon et l’amène jusque dans la poche de ceux qui s’en sentent souvent exclus.

Le numérique solidaire est levier d’insertion, d’expression et d’autonomisation, opportunité d’innovation sociale et source d’amélioration des services aux plus précaires. Le pouvoir des algorithmes entre les mains d’acteurs de changement sera d’autant plus grand que l’éducation et l’accès au numérique pour tous seront encouragés. Alors, à quand l’apprentissage systématique du code à l’école ?

 

Anaïs Petit

Ashoka France

 

Michael Sani, Gaele Regnault et Frédéric Bardeau sont soutenus par Ashoka, réseau soutenant plus de 3000 entrepreneurs sociaux à travers le monde.

 

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