Réconcilier l'économique et le social : la mission des intrapreneurs

Réconcilier l'économique et le social : la mission des intrapreneurs

Tribune de Jonas Guyot, co-fondateur de Corporate for Change.

En période de crise, la tentation de chercher un coupable est facile et peut nous conduire à construire des murs entre les entreprises dont l’unique objectif serait la maximisation de la valeur pour l’actionnaire, et de l’autre côté, les pouvoirs publics, les associations, et la société civile qui seraient les garants de l’intérêt général.

Or, afin de trouver des solutions nouvelles à des problèmes anciens, il faut mettre en commun les forces des différents acteurs de notre société et construire des ponts entre ces mondes qui s’ignorent ou se craignent trop souvent.

Des ponts, certains salariés de grandes multinationales qui sont sortis du «business as usual» pour porter des projets novateurs, ont l’habitude d’en construire.

On les appelle intrapreneurs sociaux ou intrapreneurs du changement.

Emmanuel de Lutzel et Valérie de La Rochefoucauld Drouâs définissent l’intrapreneur social comme «un salarié qui développe, au sein de son entreprise, une activité innovante susceptible d’apporter une solution durable à un problème de société. Cette innovation sociale, intégrée dans le cœur de métier de l’entreprise, se caractérise par un modèle économique visant, a minima, à couvrir les coûts du projet» (1).

C’est le cas par exemple de Gilles Vermot Desroches, intrapreneur social chez Schneider Electric, qui a créé en 2009 un programme d’accès à l’énergie pour tous : le programme Bipbop (diminutif de «Business, Innovation and People for the base of the Pyramid») dont l’objectif est de «former, investir, inventer de nouveaux produits, et créer des partenariats» afin d’apporter une énergie durable au 1,4 milliard d’habitants de la planète n’ayant pas accès aujourd’hui à l’électricité.

«Créer des partenariats» : cela se retrouve souvent au cœur de la mission des intrapreneurs sociaux. Ils en font une méthode de travail.

Ainsi, chez Renault, afin de favoriser la mobilité des personnes en situation de précarité, François Rouvier a créé le programme Renault Mobiliz en partenariat avec l’association Wimoov et en s’appuyant sur de nombreux prescripteurs sociaux. Ce programme a notamment construit un réseau de plus de 300 «garages Renault solidaires» en France proposant des produits et services à prix coûtant à des publics précaires.

Chez Leroy Merlin, Nicolas Cordier a créé un partenariat avec Emmaüs Défi et l'Agence du don en nature pour réutiliser les surstocks de Leroy Merlin au profit de l’équipement de logements sociaux.

Ou encore, au sein de BNP Paribas, afin de soutenir le financement de microentreprises et d’entreprises sociales, Emmanuel de Lutzel a créé une activité Microfinance et Social Business en construisant des partenariats avec des acteurs de la finance solidaire tels que l’ADIE ou France Active.

Ces quelques exemples montrent que la co-création entre de grandes multinationales et des acteurs de la société civile n’est pas une vaste fiction. Raisonnables ou pas, les intrapreneurs sociaux font bouger les lignes au sein de leur organisation ; des organisations capables de mobiliser des dizaines de milliers de collaborateurs sur tous les continents et de déployer ainsi rapidement des solutions à grande échelle.

Mais ces cas restent encore relativement marginaux.

Pourtant, avec Ticket for Change, nous sommes convaincus que l'intrapreneuriat social est un levier de changement extrêmement efficace : tant pour améliorer l’impact des entreprises sur notre société que pour motiver des salariés de plus en plus en quête de sens dans leur travail.

Afin d’accompagner l’émergence de projets d’intrapreneuriat dans les organisations, nous avons donc créé Corporate for Change et nous sommes particulièrement fiers de lancer le 9 mars la première Intrapreneurship Fest en France dont l’objectif est de fédérer et mettre en mouvement des intrapreneurs et aspirants intrapreneurs.

Cet événement sera aussi le lancement de notre Programme Intrapreneurs 2016 : un programme d’accompagnement de 6 mois d’intrapreneurs du changement en devenir, ponctué notamment par un tour de France à la rencontre de pionniers de l’économie de demain. Une aventure collective au contact de personnalités variées (entrepreneurs, intrapreneurs, acteurs de la société civile…) qui croient au potentiel de la co-création pour inventer le monde de demain.

Chaque semaine, nous pouvons lire quelque part que la France va dans le mur.

Certes, nous sommes dans un monde en transition. Et nous pouvons être alors tentés d’ériger des murs pour protéger notre pré carré ou pour ne pas avoir à regarder trop loin. Mais à force de construire des murs, nous risquons effectivement d’aller dedans.

Tâchons alors de construire des ponts.


 

Jonas Guyot

Jonas Guyot est co-fondateur de Corporate for Change et co-auteur de "À la rencontre des entrepreneurs qui changent le monde", 2014.

Branche commerciale de Ticket for Change, Corporate for Change a pour mission d'activer les talents de salariés au service de leur entreprise et de la société.

(1) Transformez votre entreprise de l’intérieur !, Le guide de l’intrapreneur social
, Emmanuel de Lutzel, Valérie de la Rochefoucault Drouâs, Rue de l’Échiquier, 2015

Abonnez vous !
Où trouver SOCIALTER en kiosque ?

TOP 5 stories

  • Ecocircular, le tour du monde en 180 déchets de trois étudiants

    Ecocircular, le tour du monde en 180 déchets de trois étudiants

    Alors que l’économie dite linéaire (extraire, (...)
    >
  • "L'égalité des chances est minée à la base par les conditions de vie"

    « Qui ne fut heurté par le spectacle de ces nantis (...)
    >
  • Les planches de surf vont bientôt analyser les océans du monde

    Les planches de surf vont bientôt analyser les océans du monde

    Les surfeurs vont-ils se transformer en scientifiques en herbe? (...)
    >
  • Le premier tour du monde de l'intrapreneuriat donne naissance à un docu

    Le premier tour du monde de l'intrapreneuriat donne naissance à un docu

    Comment donner plus de sens à son travail en entreprise? (...)
    >
  • La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions

    La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions "efficientes" pour accélérer la transition écologique

    Avant Solar Impulse, Bertrand Piccard a réalisé un (...)
    >

TOP 5 contribution

  • "Pourquoi j'ai choisi de vivre zéro déchet." Episode 1/5. Aline, 22 ans, adepte de micro-écologie.

    Dans nos sociétés hygiénistes, les (...)
    >
  • "Faire du profit pour faire du profit ne nous séduit plus!" Le cri de 500 étudiants.

    Parmi notre génération d’étudiants, (...)
    >
  • Les intrapreneurs, ces gangsters de l'entreprise

    Les intrapreneurs, ces gangsters de l'entreprise

    Des héros ? Oui, car les intrapreneurs mènent des (...)
    >
  • Autisme: une école pour tous, vite !

    Autisme: une école pour tous, vite !

    "Je ne suis pas autiste, je vois bien les difficultés." En (...)
    >
  • [Tribune]

    [Tribune] "Refonder le pacte démocratique par l'économie sociale et solidaire avec Benoît Hamon"

    Cette élection présidentielle exprime et (...)
    >