Marre d'être un requin ? Le jeune de grande école veut plus de sens et de social

Marre d'être un requin ? Le jeune de grande école veut plus de sens et de social

Il n'y a pas que l'argent et la gloire dans la vie. Une étude menée conjointement par Ipsos, la Conférence des grandes écoles (CGE) et le Boston Consulting Group (BCG) révèle que les étudiants des grandes écoles recherchent avant tout un métier qui fait sens à leurs yeux.

L’économie sociale et solidaire (ESS). Ils sont nombreux à en avoir entendu parler (84%) mais plus de la moitié ne voit que “vaguement” ce dont il s’agit. Pourtant, l’ESS tout comme l’entrepreneuriat social sont des secteurs qui pourraient bien répondre à leurs attentes.

Fini la carrière de trader ou de consultant international ? Les étudiants des grandes écoles témoignent en effet d’une envie de donner plus de sens à leur carrière. Pour presque deux tiers des 3 224 étudiants et alumni sondés, un travail “utile” est un travail qui servirait l’intérêt général. Ils sont 53% à vouloir ainsi mettre leur vie professionnelle au service des autres. L’enquête fait aussi état d’une volonté d’engagement forte : 54% des répondants font partie d’une association, contre seulement 31% chez le reste des Français. L’économie sociale et solidaire, avec ses coopératives, mutuelles et autres initiatives associatives porteuses de projets collectifs, semble donc taillée sur mesure pour cette nouvelle génération engagée.


Les valeurs d’abord

L’argent ? Le sondage montre que ce n’est pas une priorité pour ces étudiants qui souhaitent surtout s’épanouir grâce à un emploi qui soit intellectuellement et humainement stimulant (88%). L’ambiance et le bien-être au travail jouent aussi pour beaucoup (84%), tandis que 75% d’entre eux considèrent qu’il est primordial de mener une carrière en phase avec ses valeurs. Exception faite des écoles de commerce et de management, où ils sont 61% à la juger très importante dans le choix de leur futur métier, la rémunération n’est un critère décisif que pour 46% de ces jeunes (en 10e position sur les 16 critères proposés). Un bon quart des enquêtés se dit même prêt à gagner moins pour travailler dans l’économie sociale et solidaire, un secteur d’ailleurs régi par le principe de non-lucrativité individuelle (interdiction de s’approprier personnellement des excédents financiers). Les valeurs d’abord.

Environnement (62%), social (52%) et éducation (50%) intéressent particulièrement les jeunes des grandes écoles, dont 1 sur 5 choisirait idéalement de travailler dans une association ou une ONG. “Nous avons aussi été surpris de l’appétence des femmes pour [le secteur de l’économie sociale et solidaire]”, commente Brice Teinturier, directeur général délégué France d’Ipsos. “Elles sont mêmes plus confiantes en son avenir que les hommes”, avec 61% d’entre elles souhaitant travailler dans ce domaine, contre 45% du sexe masculin. L’enquête précise aussi que les femmes (56%), plus que les hommes (46%), se sentent proches du principe démocratique “une personne, une voix” qui prévaut dans l’ESS.


Faire bouger les lignes

C’est donc un secteur qui attire les étudiants, alors même qu’ils ne sont pas certains du champ d’activité qu’il recouvre. André Bismuth, chargé de communication au sein de la CGE, souligne les “attentes positives vis-à-vis du monde professionnel” que nourrit cette jeunesse : “ils sont prêts à s’y impliquer avec la volonté de faire bouger les lignes”, bousculant les codes du travail établis.

Le phénomène n’est pas restreint aux bancs des grandes écoles : en juin 2011, une étude de l’Institut CSA mettait en lumière une adhésion massive de tous les jeunes de 16 à 30 ans aux valeurs de l’économie sociale et solidaire. Trois quarts des répondants n’étaient pas opposés à l’idée de s’engager d’une façon ou d’une autre dans la société (via des associations, des syndicats ou des mouvements politiques). L’enquête “Génération quoi ?” menée par France Télévisions à l’automne 2013 avait aussi souligné l’altruisme marqué des 18-25 ans, dont 80% seraient favorables à un service civique obligatoire. En grande majorité, ils estiment qu’on ne peut pas s’en sortir dans la vie sans solidarité.

Alors pourquoi ne pas se lancer dans l’économie sociale et solidaire ? Chez les jeunes interrogés par CSA, il s’agirait avant tout de contraintes économiques et sociales. La garantie d’un emploi stable et d’une bonne rémunération prévaut sur son utilité sociale. Tandis que dans les grandes écoles, c’est principalement une grande méconnaissance du secteur de l’ESS qui freine encore les étudiants à prendre cette voie.


Sondage à consulter sur le site d'Ipsos

 

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