Seconde vie des portables : Et au milieu coule une filière

Seconde vie des portables : Et au milieu coule une filière

Alors que les pré-commandes du dernier modèle de l'iPhone explosent depuis une semaine, la filière française du reconditionnement des mobiles innove en lançant son propre label qualité.

À San Francisco, devant un parterre de geeks venus assister à la traditionnelle Keynote de rentrée, Apple a lancé les iPhone 6S et 6S+, dotés d’un nouvel écran tactile qui implémente une technologie 3D Touch. Lundi, Apple France se targait d’avoir enregistré un plus grand volume de pré-commandes que prévu. Résultat d’une production toujours plus intense de nouveaux appareils – les Français changent en moyenne tous les dix-huit mois de smartphones.

80% de l’impact carbone d’un smartphone étant produit au moment de sa fabrication, étirer la durée de vie d’un mobile permettrait de diminuer son empreinte écologique. C’est de ce constat qu’est parti «L’autre Keynote», un Talk qui mêlait, le 10 septembre dernier, échanges d'experts et performance musicale. Parmi les intervenants : Renaud Attal, président de RCube.org, la fédération des acteurs professionnels de l’écosystème du réemploi dans le secteur du mobile, et Thibaud Hug de Larauze, cofondateur de Back Market, une plateforme spécialisée dans la revente de téléphones, ordinateurs et tablettes en liaison avec une quinzaine d’ateliers de reconditionnement.

La soirée fut rythmée par des témoignages, des challenges et des débats animés par des experts du réemploi tech — industriels, ONG et associations. Remaker, par exemple, plateforme de mise en relation avec un réseau de réparateurs indépendants, est venu faire des démonstrations de réparations.

«L’Autre Keynote» était surtout l’occasion pour RCube de présenter son propre label «Certifié reconditionné». Les structures éligibles au label, à savoir des professionnels du recyclage, de la collecte, de la réparation, du reconditionnement et de la revente, peuvent désormais déposer un dossier auprès de RCube. Les premières structures labellisées seront dévoilées en décembre, lors du Parlement des entrepreneurs d’avenir à l’UNESCO.

Alternative valable

Depuis quelques années, les repairs cafés, les Fab Labs et autres makerspaces se sont multipliés. En 2014, plus de 56 millions de mobiles reconditionnés ont été vendus dans le monde. Le cabinet de conseil Gartner prévoit un doublement des ventes en 2017.

Un récent sondage réalisé par Opinion Way pour Back Market révèle que 81 % des Français interrogés jugent que les innovations technologiques ne justifient pas la fréquence de renouvellement proposée par les constructeurs. «Il y a une dizaine d’années, les opérateurs subventionnaient l’achat des téléphones mobiles en faisant payer aux consommateurs des forfaits très onéreux. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les gens sont donc tentés de se tourner vers le marché de la réparation et de l’occasion», explique Renaud Attal à Socialter.

 

Le label, levier de développement

Reste à orienter le consommateur, qui a de plus en plus de mal à s’y retrouver dans la jungle du marché florissant du reconditionement. Le premier défi à relever, pour la filière encore naissante du reconditionement, est de se professionaliser complètement. Le label «certifié reconditionné» vise justement à évaluer les structures candidates sur 70 critères liés à l’environnement (gestion des déchets, recyclage des matériaux), au sociétal (gestion du service après-vente) et au social (conditions de travail). La traçabilité des matériaux utilisés et la qualité des produits remis en circulation seront elles aussi mesurées. Côté client, le label apporte ainsi la garantie que le smartphone reconditionné n’est ni un recel ni une contrefaçon, que les données de l’utilisateur précédent sont toutes effacées, et qu’un service après-vente est assuré. 

Deuxième défi auquel va devoir se frotter la filière du reconditionnement : la compétitivité. Afin d’espérer concurrencer le marché du neuf, le marché de l’occasion devra proposer des nouveautés technologiques sur du matériel de seconde main, et à aller vers une plus grande personnalisation dans le processus de reconditionnement. Les entreprises spécialisées dans le réemploi vont donc être poussées à innover dans la création d’outils de réparation pour satisfaire aux exigences écologiques, mais aussi à développer de nouvelles compétences techniques pour offrir des produits qui restent compétitifs. De ce fait, «la labellisation est un processus qui va accélérer le développement des structures du réemploi dans le secteur du mobile, qu’il s’agisse aussi bien des associations que des start-up», anticipe Renaud Attal.

 

Le réemploi crée de l'emploi 

Dans un avenir proche, l’industrie du reconditionnement pourrait même influencer les modes de production. «Quand les gens vont s’apercevoir que tel modèle de smartphone est systématiquement absent de l’écosystème du reconditionnement, ils en déduiront que le produit est de piètre qualité et ne se précipiteront plus pour l’acheter», poursuit Renaud Attal. Certains constructeurs se mettent du coup à l'économie circulaire. Google s’est ainsi lancé dans un projet de smartphone modulaire baptisé Ara, et qui devrait être commercialisé d’ici la fin de l’année à Puerto Rico. La liste des pièces d’un terminal Ara d’entrée de gamme se situerait dans une fourchette de 50 à 100 dollars, évalue le site Cnet. En Europe, l'entreprise néerlandaise Fairphone vient de présenter un nouveau modèle de smartphone entièrement modulable conçu pour en faciliter la réparation. D'autres projets sont en cours de développement.

En 2014, le marché du réemploi aurait déjà généré dans l’hexagone plus de 50000 emplois non délocalisables, selon RCube. Une nouvelle occasion de redynamiser le pays ?

 

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