Ces jeunes qui partent en courant

Ces jeunes qui partent en courant

Cette tribune a initialement été publiée dans le n°9 de Socialter (février-mars 2015), en partenariat avec le OuiShare Fest 2015.

Par manque de vision, de flexibilité et de confiance en leurs collaborateurs, les organisations traditionnelles ne savent plus recruter ni retenir des profils qui pensent et agissent en dehors des cadres. Ces derniers, par manque de terrains d’action et d’expression suffisants, préfèrent souvent tenter leur chance ailleurs. Pourtant, eux seuls peuvent tirer les entreprises de leur torpeur et les accompagner dans un monde en transition qu’elles ne comprennent plus (ou moins).

En 2002, le réalisateur Cédric Klapisch marquait une génération entière avec la dernière scène de L’Auberge Espagnole : Xavier (Romain Duris) fuit en courant le ministère des Finances où il doit commencer son job, ivre de liberté. Cette génération a aujourd’hui entre 25 et 35 ans, et à force de les voir envahir les événements où l’on parle d'entrepreneuriat, d’innovation, d’économie collaborative ou d’impact social, il faut se rendre à l’évidence : faire son « Job out » est bel et bien devenu un phénomène de société. De plus en plus de jeunes actifs quittent leur emploi, alors qu’ils ont techniquement tout pour y être heureux. Un CDI, un salaire confortable, des jours de RTT, des tickets resto, et parfois même un abonnement dans une salle de gym. Dans un pays qui flirte avec les 25 % de chômage chez les jeunes, quitter son job, c’est se faire hara-kiri (professionnellement) ! Alors faut-il vraiment être cinglé ou naïf pour plonger dans le grand bain du non emploi ?


Un pont entre deux mondes

Eux vous diront qu’il faut surtout être cinglé pour prendre chaque jour le métro à l’heure de pointe, à Paris, Londres ou New York. Qu’une ville congestionnée les étouffe, que la vie est trop courte pour se complaire dans la médiocrité. Ils vous diront qu’ils se sentent dépossédés de leur pouvoir d’action et de décision dans un environnement professionnel et politique où quelques figures indéboulonnables décident d’à peu près tout. Ils vous diront surtout qu’ils se sont épuisés à essayer de lancer des projets ambitieux sans avoir rencontré ni soutien ni reconnaissance dans leur entreprise. Car eux lisent des blogs, des magazines, vont sur Twitter et sur Facebook, s’imprègnent des tendances et voient émerger des projets. Ils savent ce qui se passe ailleurs, ils voient les signaux faibles qui émettent parfois tout près de chez eux. Ils sentent que tout va très vite. Eux veulent construire le monde de demain, plutôt que de regarder celui d’hier se défaire. Ils ont fait de leur rêves leurs ambitions, ils voient dans les défis qui s’imposent à nous autant d’opportunités de les résoudre.

Ceux que je rencontre sont Français, Anglais, Allemands, Espagnols, Italiens, Américains, Polonais. Ils sont diplômés de grandes écoles ou de grandes universités. Génération Erasmus, ils parlent au moins trois langues, ont travaillé en conseil, en marketing ou en banque. Ils ont voyagé, vu le monde, ont des amis dans toutes les capitales d’Europe et se sentent enfermés comme des oiseaux en cage. Ils ne sont pas contre le business, ils ne sont pas non plus idéalistes. Ils sont pragmatiques et pleins de bon sens : ils ne veulent pas monter à bord du Titanic alors qu’ils savent déjà qu’il va couler. Eux préfèrent construire les canaux de sauvetage.

« Les activistes me prennent pour un business man, et les business men pour un activiste » me disaient l’un d’entre eux récemment. Je lui ai dit qu’il devait surtout se considérer comme un ambassadeur. Les solutions de demain viendront de ce pont que nous construisons entre deux mondes. Elles se développeront au sein des entreprises lorsque les managers auront compris combien il est essentiel d’attirer et de conserver cette génération radicalement humaniste, obstinément optimiste, parfaitement compétente, et qui a bien moins peur du vide que de l’immobilité.






Marc-Arthur Gauthey est entrepreneur, membre du think tank OuiShare, et co-organisateur de la 3e édition du OuiShare fest qui aura lieu du 20 au 22 mai 2015 autour du thème « Lost in transition ».

 

Abonnez vous !
Où trouver SOCIALTER en kiosque ?

TOP 5 stories

  • Ecocircular, le tour du monde en 180 déchets de trois étudiants

    Ecocircular, le tour du monde en 180 déchets de trois étudiants

    Alors que l’économie dite linéaire (extraire, (...)
    >
  • "L'égalité des chances est minée à la base par les conditions de vie"

    « Qui ne fut heurté par le spectacle de ces nantis (...)
    >
  • Les planches de surf vont bientôt analyser les océans du monde

    Les planches de surf vont bientôt analyser les océans du monde

    Les surfeurs vont-ils se transformer en scientifiques en herbe? (...)
    >
  • Les Parisculteurs sont de retour pour verdir les toits de la capitale

    Les Parisculteurs sont de retour pour verdir les toits de la capitale

    Les Parisiens passionnés d’agriculture vont pouvoir (...)
    >
  • La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions

    La fondation Solar Impulse va fédérer 1.000 solutions "efficientes" pour accélérer la transition écologique

    Avant Solar Impulse, Bertrand Piccard a réalisé un (...)
    >

TOP 5 contribution

  • "Pourquoi j'ai choisi de vivre zéro déchet." Episode 1/5. Aline, 22 ans, adepte de micro-écologie.

    Dans nos sociétés hygiénistes, les (...)
    >
  • "Faire du profit pour faire du profit ne nous séduit plus!" Le cri de 500 étudiants.

    Parmi notre génération d’étudiants, (...)
    >
  • Les intrapreneurs, ces gangsters de l'entreprise

    Les intrapreneurs, ces gangsters de l'entreprise

    Des héros ? Oui, car les intrapreneurs mènent des (...)
    >
  • Autisme: une école pour tous, vite !

    Autisme: une école pour tous, vite !

    "Je ne suis pas autiste, je vois bien les difficultés." En (...)
    >
  • [Tribune]

    [Tribune] "Refonder le pacte démocratique par l'économie sociale et solidaire avec Benoît Hamon"

    Cette élection présidentielle exprime et (...)
    >