Un salarié sur deux trop anxieux : comment vaincre le stress au travail?

Un salarié sur deux trop anxieux : comment vaincre le stress au travail?

Plus de la moitié des Français seraient anxieux au travail. La faute à un environnement basé sur la compétition plutôt que sur la coopération, selon la psychosociologue Christine Marsan

À lire la presse ces derniers mois, on est en droit de s’interroger sur ce qui cloche dans le monde du travail. Burn-out, bore-out et maintenant hyperstress semblent toucher un nombre croissant de salariés.  C’est en tous cas ce qui ressort d’une étude menée par le cabinet Stimulus et publiée en novembre dernier. Ces chiffres sont particulièrement alarmants. Plus de la moitié des salariés français (52%) présenteraient des niveaux élevés d’anxiété. 24 % seraient en état d’hyperstress tandis que 6% seraient même en dépression. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme et, surtout, de s’interroger sur les raisons d’un tel phénomène comme sur les solutions qui sont à notre disposition.

L’entreprise a toujours été un environnement synonyme de compétition, de jeux de pouvoir et de stress. Cependant, les mutations survenues ces dernières années sont à l’origine d’un stress de plus en plus prégnant dans nombre d’entreprises.

Si le stress est présent chez chacun comme une réaction de défense face à un événement ou un environnement contraignant voire hostile, il peut être aussi bien positif que négatif. Positif lorsqu’il est ponctuel et pousse à dépasser ses limites : prise de parole en public, performances sportives, etc. Négatif lorsque fréquent ou permanent, se traduisant alors par une souffrance psychologique.

 

Prendre conscience que l’entreprise est anxiogène


Prendre conscience de l’omniprésence du stress en entreprise nécessite d’abord d’identifier les facteurs dont il est le fruit.

Premier facteur, la financiarisation des stratégies d’entreprises pour lesquelles la compétitivité est le seul critère de jugement et de décision. Concrètement, cela se traduit par des organisations de plus en plus resserrées. La réduction des coûts et le non-remplacement des départs, pour ne citer qu’eux, illustrent cette situation qui vient accroître la pression sur des salariés de plus en plus exposés.

Deuxième facteur, la numérisation accélérée de nos sociétés et de l’économie. Si globalement elle est source de progrès en facilitant les échanges entre les Hommes et la diffusion de l’information, ce serait une erreur de ne pas la considérer comme une source de stress nouvelle et importante. Prenons les emails. Instantanés et pléthoriques, ils rythment nos journées et, souvent, s’immiscent dans notre vie privée. Dans ce contexte, il est de plus en plus difficile de se déconnecter sans prendre le risque d’être perçu comme peu impliqué.

Et que dire de l’intelligence artificielle et de la généralisation annoncée des robots? Comment ne pas être anxieux quand le monde de l’entreprise de demain semble se construire sans vous?

Pourtant, le principal vecteur de stress en entreprise est d’abord lié à l’organisation et à des modes de management qui ne correspondent plus aux aspirations des salariés. "Perte de sens" est l’expression qui revient régulièrement. Le salarié se sent étranger aux orientations, à la stratégie de son entreprise. Il ne se voit plus que comme un simple exécutant. Sa parole, son expertise, ses valeurs ne sont pas considérées.

Ainsi, beaucoup d’entreprises continuent de se bâtir sur un modèle de management par le stress : forte pression sur les résultats, objectifs trop élevés, exploitation de l’échec plutôt que valorisation du succès, mauvaise communication. Résultat, des phénomènes comme le burn-out ou l’hyperstress des salariés se développent… au détriment des personnes et de l’organisation.

 

Choisir la coopération et donner du sens

 

Tout cela est sans doute la raison qui pousse nombre de jeunes à privilégier les entreprises qui ont choisi de répondre à ces enjeux. Car, dans un environnement qui traditionnellement choisit la compétition et l’individualisme, il est temps de faire le choix de la coopération. Un choix pourtant “naturel” *, que la société et l’école nous conditionnent à oublier au profit de la compétition, et qui est le seul moyen de sortir de cette spirale négative incarnée par le phénomène de l’hyperstress.

Les entreprises doivent désormais faire en sorte de faciliter l’apprentissage de leurs salariés, comme avec les learning expeditions qu’organisent de plus en plus de sociétés pour faire découvrir à leurs équipes des fonctionnements innovants implantés chez d’autres. Entreprises libérées ou méthodes agiles, les salariés doivent être en mesure d’accéder à une pédagogie de l’altérité et de la coopération. Une pédagogie qui au travers d’un parcours riche d’apprentissages variés va permettre de déconstruire des certitudes et des habitudes. Objectif: co-construire les bases de coopérations durables au sein d’organisations valorisant l’intelligence collective et libérant les salariés de situations d’hyperstress, destructrices de vies et de valeur.

La tâche est vaste mais n’a rien d’irréaliste. Pour preuve, les nombreux professionnels qui prennent à bras le corps ces questions et qui décident de se former pour bâtir les entreprises de demain sur de nouvelles valeurs, sur la coopération plutôt que la compétition, sur des relations pacifiées. Pour y parvenir, ne craignons pas non plus de nous inspirer d’autres cultures, telle celle des Indiens Kogis, qui se sont bâties sur la science du dialogue et le tissage de relations durables pour prévenir les difficultés dans le groupe. Les solutions existent. À nous de nous les saisir!

* Pablo Servigne, Gauthier Chapelle : L’entraide, Les Liens qui Libèrent, 2017







Christine Marsan, psychosociologue, coach de dirigeants, consultante en accompagnement au changement, elle soutient les transitions individuelles et collectives depuis plus de 25 ans. Via conférences,articles et livres,elle sensibilise à la mutation de notre société. Elle facilite le développement de la dynamique de coopération reposant sur l’intelligence collective dans tout type d’organisations. Experte des conflits,des crises et des violences en entreprise,elle accompagne équipes et départements par des médiations individuelles et collectives à sortir des clivages et des situations sclérosées.Elle expérimente, depuis 15 ans, en mode recherche-action et coopération-Lab, l’Intelligence Collective auprès de divers types d’organisations et collectifs citoyens pour extraire des enseignements transférables dans les entreprises. www.christinemarsan.fr
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