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Gaël Giraud, économiste en chef de l'Agence française de développement (AFD), livre un état des lieux lucide sur la transition énergétique. Et montre comment la finance a la possibilité concrète de nous éviter la catastrophe. Entretien.

Désinvestissement des énergies fossiles, neutralité carbone, limite du réchauffement à +2° C... Considérez-vous que nous prenons le bon chemin des objectifs de l’Accord de Paris adoptés fin 2015 ?
Nous allons trop lentement. Si l'on veut contenir le réchauffement climatique à la fin du siècle en-dessous de 2° C, il ne nous reste plus que trois ans, d’après la plupart des simulations. Il faut qu’en 2020 la courbe des émissions soit infléchie au niveau planétaire, sinon nous ferons très probablement plus de 2° C. Les simulations que nous réalisons à l'AFD suggèrent que c’est peut-être déjà trop tard. La vraie question aujourd'hui, c'est plutôt comment réussir à contenir le réchauffement en dessous de 2,5 °C... Certains pays comme la Colombie ou le Mexique, pour ne citer qu'eux, sont sur la bonne voie. D'autres en sont loin, à l’instar de l’Afrique du Sud.


Quels sont les freins ?
La plupart des pays des Nations unies ont rendu à Laurent Fabius en décembre 2015 leurs engagements volontaires sur la limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre (nommés INDC) jusqu'en 2030. Les climatologues, notamment à l’institut Pierre-Simon Laplace, les ont agrégés et ont simulé la trajectoire correspondante du réchauffement climatique au-delà de 2030. Résultat : même si tout le monde tient sa promesse, nous nous dirigeons vers un monde à +3-3,5 °C. Donc l'engagement des +2 °C n'est pas tenu. Deuxième frein : de nombreux pays ne savent pas comment s’y prendre pour mettre en œuvre leur feuille de route. Parfois, c'est dû à l'insuffisance de réflexion de la part des économistes. La Chine, par exemple, a conçu son INDC en utilisant un modèle macro-économique construit sans chômage, ni dette. C’est préoccupant de la part d’un pays qui est le premier concerné par toutes ces questions, non ? Troisième sujet à prendre en compte : aujourd’hui on connaît à peu près le budget carbone que nous avons encore le « droit » de dépenser. On peut émettre environ 1 200 gigatonnes supplémentaires de CO2 dans l’atmosphère tout en restant vraisemblablement en dessous des 2 °C. Comment répartir cette « enveloppe » de CO2 entre les différents pays ? Il n’y a pas de consensus. C’est le sujet principal des discussions internationales, chacun engageant un bras de fer avec les autres pour s’autoriser à polluer plus. Il faut sortir d’une logique de déclarations généreuses qui dissimulent des passagers clandestins à une logique réellement collective.

Comment passer d'un budget global à des budgets nationaux ?

J'ai collaboré à un travail de la société Beyond Ratings sur la question. Partant de cette enveloppe de 1 200 gigatonnes, nous avons simulé des milliers de clés de répartition selon différents critères pour chaque pays (PIB, émissions de gaz actuelles, croissance de ces émissions, etc.) et selon les diverses pondérations que l'on peut accorder à chacun de ces critères. Et nous avons retenu la répartition qui a statistiquement le plus de chance d'émerger. C'est un exercice agnostique qui ne privilégie aucune option par rapport à une autre mais qui les envisage toutes et identifie celle qui a les meilleures chances de sortir d'une négociation rationnelle. Le résultat est très parlant : on obtient des budgets nationaux qui ont du sens. Et c'est très robuste. Si vous retirez un critère sur la vingtaine envisagée pour chaque pays, le budget alloué ne varie quasiment pas.

 

 

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