A Roubaix, on transforme des matériaux industriels en oeuvres d?arts

A Roubaix, on transforme des matériaux industriels en oeuvres d?arts

Le 2 et 3 décembre Art Point M organise la 27ème édition Braderie de l?Art à Roubaix, un rendez-vous d?artistes autour de matériaux d?entreprises. Le label RE-COLLECTE entend convaincre ces dernières de transmettre leurs matériaux usagés pour qu?ils deviennent des oeuvres d?art.

Dans un contexte en pleine évolution du financement de la production artistique, il est primordial de penser de nouveaux dispositifs de création protéiforme, à travers des espaces collectifs et en cohérence avec les enjeux sociétaux et environnementaux de notre époque. Initiée par le collectif roubaisien Art Point M en 1991, dans un Nord friand de brocantes, de fêtes et d’événements populaires, la Braderie de l’Art rassemble chaque fin d’année 150 designers, graffeurs, illustrateurs, sculpteurs et bidouilleurs. Tout a lieu dans la Condition Publique de Roubaix, aménagée en gigantesque atelier temporaire en accès libre. Durant 24h, les artistes créent uniquement à partir de matériaux de récupération collectés. Le public peut assister à tout le processus jusqu’à la vente directe des pièces pour un prix situé entre 1 et 300 euros. Dans un capharnaüm surréaliste, cet espace libre de respiration mis à la disposition des artistes, les objets devenus œuvres retrouvent de la valeur et de nouveaux propriétaires sans intermédiaire.

 

De la nécessité d’inventer des nouvelles formes de créer, de produire et de consommer. 

Vecteur des transformations de son époque, la création artistique permet d’initier et de mettre en lumière les mutations de la société. À la vague continue d’incitation à la surconsommation qui épuise les ressources planétaires, à l’heure où le post-capitalism commence à frayer son chemin, notamment par le refus de ne posséder que des objets manufacturés fabriqués à la chaîne, et ce au détriment de l’artisanat, du savoir-faire et de la créativité, s’installe une véritable prise de conscience qui essaime des initiatives et des nouveaux process dans tous les secteurs. Quel meilleur acteur que l’artiste pour initier ou prendre part à ce changement de paradigme collectif?

Une génération de créatifs a intégré la nécessité d’inventer des nouvelles formes de créer, de produire et de consommer. En parallèle, un grand nombre d’entreprises dispose d’une quantité non négligeable de matériaux destinés à être détruits. Ces déchets peuvent être collectés puis réutilisés et réemployés. Sur le modèle d’une ressourcerie de l’art, plusieurs acteurs sont associés à ce processus d’upcycling, avec comme mantra la maxime attribuée à Lavoisier “rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme”: des entreprises qui sont incitées à trier, chez qui sont récupérés gratuitement les rebuts, chutes ou encore produits invendus. Un lieu-ressource, véritable “hypermarché de la récup’”, qui permet leur stockage et où l’on retrouve un espace équipé en low-tech et high-tech, en imprimantes 3D, fraiseuses numériques ou découpes laser. Des artistes et designers qui revisitent les formes anciennes et s’évertuent à trouver une nouvelle vie à ces matériaux. Un public de chineurs curieux qui est enchanté de trouver une œuvre d’art unique.

Vers une “matériauthèque”  à destination de l’ensemble des acteurs artistiques 

Le point de départ de cet équilibre repose donc sur la collecte de matériaux: vieux meubles et objets, bois, plastique, métal, carton, matières et déchets divers. Certes, le recyclage n’est pas nouveau et a toujours fait partie intégrante du travail artistique. Il prend ici tout son sens, puisque visible de tous il devient un exemple concret.C’est une envie collective de pérenniser ce processus qui a récemment donné naissance au label RE-COLLECTE, programme sous l’égide duquel des entreprises adhérentes s’engagent à trier et valoriser leurs déchets donnés pour l’événement. Créé en 2013 par Art Point M dans le cadre de la Braderie de l’Art labellisée COP21 de 2015, le label regroupe aujourd’hui 28 entreprises de la région Hauts-de-France. Celui-ci ne cesse de s’élargir et de trouver écho auprès d’un panel de plus en plus large d’industriels soucieux de s’engager pour la production artistique aujourd’hui fragilisée par un désengagement des institutions et par une place prépondérante faite au marché de l’art. Ils sont également désireux d’être mis en lien avec un réseau en plein renouveau d’associations, de compagnies, festivals, structures culturelles ou encore fablab (dont le nombre et les besoins ne font qu’augmenter chaque année).

Le label RE-COLLECTE peut ainsi trouver une place au quotidien auprès des artistes, avec la création par exemple d’une “matériauthèque” pérenne à destination de l’ensemble des acteurs artistiques souhaitant s’y investir. Il doit également être reconnu comme un marqueur certifié et récompenser les entreprises favorisant les gestes en faveur d’une économie circulaire et d’éco-design. La 27ème édition de Braderie de l’Art se tiendra les 2 et 3 décembre 2017 à la Condition Publique, 14, Place Général Faidherbe - 59100 Roubaix. 


Fondée par Fanny Bouyagui, Art Point M réinvestit des espaces industriels abandonnés et des lieux phares de l’histoire roubaisienne, créant ainsi la première Braderie de l’Art au coeur des anciens bains municipaux de Roubaix – aujourd’hui célèbres sous le nom de La Piscine. Art Point M a  également initie? le festival de musiques électroniques NAME, organisé la parade d’inauguration d’Un Ete? au Havre en 2017 et sce?nographié le de?file? d’ouverture de Fantastic (saison de lille3000) en 2012.

Crédits photos: Philippe Bousbib, Julien Kieffer

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