Autisme: une école pour tous, vite !

Autisme: une école pour tous, vite !

L'auteur de cette tribune, contrairement au candidat François Fillon, est autiste. Ce qu'ils ont en commun? Parler tous deux de "courage politique".

Né en 1982, Hugo Horiot est comédien et romancier. Autiste, il livre un témoignage puissant sur son combat dans son dernier ouvrage paru au printemps 2013, L’Empereur, c’est moi. Il est le fils de l'écrivain Francoise Lefèvre qui lui avait consacré un livre, Le petit prince cannibale, prix Goncourt des lycéens (1990). 

 

Dans notre pays, il semblerait que les droits fondamentaux ne soient pas les mêmes pour tous. Les chiffres sont sans appel : en France, 20 % des enfants autistes sont scolarisés, contre plus de 80 % dans de nombreux pays européens et dans le monde. Les autistes français seraient-ils donc moins capables qu’ailleurs ? Et si l’incapable, dans l’histoire, c’était plutôt notre système éducatif ? C’est en tout cas l’opinion du Conseil de l’Europe, qui, le 5 février dernier, à l’unanimité et pour la cinquième fois, a condamné la France pour violation du droit des enfants autistes à recevoir une éducation. Il est regrettable que le ministre de l’éducation nationale n’ait fait aucun commentaire sur cet évènement. Ce détachement est révélateur de la fonction dans laquelle ce monsieur souhaite entretenir l’école : former un moule où seuls ceux qui correspondent au standard de ce fantôme que l’on nomme « normalité » pourront se glisser. Monsieur Vincent Peillon, par son silence, synonyme de mépris pour ceux qui n’entrent pas dans ce moule, est le triste artisan de ce formatage généralisé. Pour le ministère de l’éducation nationale, la remise en question, l’ouverture d’esprit et la tolérance ne sont pas au programme. Le programme, c’est la discrimination.

Comme chaque secteur où l’État se désinvestit, la prise en charge de l’autisme est devenu une zone de non-droit. La gestion des structures créées pour l’occasion est donc déléguée à des associations. Certaines font du bon travail, d’autres sont peu recommandables. Ces dernières se disputent les subventions publiques et ne sont soumises à aucun contrôle. Imaginez des hôpitaux publics fonctionnant sous le régime associatif. Cela vous paraît inconcevable ? Eh bien, dans le secteur de l’autisme, c’est la règle. Exclus de l’école, les enfants autistes sont pris en charge par le secteur médico-social alors qu’ils devraient l’être par le système éducatif. Certains pontes de la psychanalyse se sont appropriés ce terrain depuis plus de 50 ans : quand ils ne les internent pas en hôpital de jour, ils envoient ces petits patients dans des IME (instituts médico-éducatifs), gérés par des associations qu’ils estiment suffisamment acquises à leurs dogmes. Les acteurs de ce système font fi des avancées scientifiques, contestent ouvertement les recommandations de la HAS [Haute autorité de santé, ndlr], refusent le diagnostic précoce et abdiquent toute possibilité de progression. Ce procédé génère un gâchis humain et financier de grande ampleur. D’après les conclusions d’une récente commission parlementaire menée par les députés Daniel Fasquelle et Gwendal Rouillard, 8 000 enfants naissent chaque année en France avec des troubles autistiques. S’ils sont diagnostiqués à l’âge de 2 ans et qu’ils décèdent en moyenne à 65 ans, ils coûteront 49,71 milliards d’euros à la société pendant toute la durée de leur vie, avec la prise en charge dans sa forme actuelle. En optant pour une école inclusive mêlant méthodes comportementales et éducatives, on économiserait près de 15 milliards d'euros. Or, nous continuons à élaborer pour ces personnes un vaste plan d’exclusion et d’assistanat à perpétuité.

Il est urgent de s’attaquer à la désinstitutionalisation du secteur de l’autisme. La prise en charge nécessite un accompagnement en milieu ordinaire et non une mise à l’écart dans des centres ou des classes spécialisées. Il s’agit donc de créer une véritable école de la République : une école pour tous. Il faut créer des emplois d’AVS (auxiliaires de vie scolaire), former les enseignants au handicap, créer des classes plus petites… rien de techniquement insurmontable. Or, chez nous, les AVS manquent et sont extrêmement dévalorisées étant donné la précarité de leur statut. L’État doit enfin se décider à arbitrer ce secteur en veillant à ce que les recommandations scientifiques internationales soient respectées, et en incluant l’éducation nationale dans le processus. Les méthodes comportementales, dont l’efficacité est mondialement reconnue, doivent être remboursées par la Sécurité sociale afin d’être accessibles à tous. Nous sommes la cinquième puissance économique mondiale. Nous avons de l’argent, nous avons la connaissance. Alors que nous manque-t-il pour régler le problème ? Le courage politique, peut-être ?

Hugo Horiot, tribune publiée dans la revue Socialter en 2014.
Retrouvez son actualité, et notemment ses tribunes sur l'actualité française sur son site : http://www.hugohoriot.com/hugo-horiot-2017/

 

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