[Tribune] L'économie circulaire : un futur jackpot pour l'ESS

[Tribune] L'économie circulaire : un futur jackpot pour l'ESS

Une étude inédite, intitulée « Emplois circulaires au carré », analyse le potentiel de développement de l?économie circulaire en Île-de-France et les opportunités qui en découlent pour les acteurs de l?économie sociale et solidaire.

*Samuel Sauvage économiste et chef de projets chez Auxilia Conseil, est également président de l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée). Cabinet de conseil en transition socio-écologique, Auxilia accompagne collectivités et entreprises dans leur transition vers un développement soutenable, résilient et désirable. 

Commençons par un petit jeu. Tapez, dans votre moteur de recherche préféré (Lilo ou Ecosia plutôt que Google), le terme « économie circulaire » ainsi que le nom de la multinationale de votre choix. À tous les coups, vous trouverez nombre de publications de ces groupes sur ce concept à la mode, signe que ces acteurs perçoivent cette économie comme une orientation stratégique d’avenir. 

Que l’économie circulaire soit dans l’air du temps, nous ne pouvons que nous en féliciter. Ce concept qui, face à l’omnipotence d’un modèle prédateur de ressources orienté vers le tout-jetable, propose une économie guidée par la préservation des ressources naturelles et le zéro déchet, a tout d’un concept d’avenir. À condition de ne pas être dévoyé, risque réel si les multinationales se l’approprient et bénéficient de ses potentiels. 

C’est pourquoi, à l’heure où la crise sociale s’ajoute à la crise environnementale, il serait plus cohérent et pertinent de positionner les acteurs de l’économie sociale et solidaire (ESS) sur ce champ prometteur. En effet, alors que le Gouvernement a lancé un Plan Pauvreté qui promet 100 000 nouveaux postes en insertion, il serait doublement bénéfique de permettre à davantage d’exclus du monde du travail de remettre un pied à l’étrier, tout en construisant une économie plus économe en ressources. 

Trois filières prometteuses pour 32 000 emplois directs en Île-de-France 

Mais sur quelles filières se positionner ? En effet, de la lutte contre le gaspillage alimentaire à la production d’énergie renouvelables, en passant par la gestion de l’eau et le recyclage des plastiques, l’économie circulaire constitue un champ bien vaste pour qui souhaite s’y engager. C’est justement à cette première question que s’est attelée l’étude « Emplois circulaires au carré », concentrée sur l’Île-de-France. Après un long travail d’analyse de l’ensemble des filières et des facteurs « accélérateurs » et « ralentisseurs » qui les touchent, l’étude révèle que les trois secteurs suivants sont les plus prometteurs pour créer des emplois inclusifs d’ici 2030 dans la région : 

  • La gestion des biodéchets, avec tout ce qu’elle implique en termes d’activités de collecte et de valorisation de la matière. Alors que la sensibilité citoyenne est forte sur ce sujet et que la collecte sélective devrait devenir obligatoire d’ici 2023, les biodéchets peuvent être créateurs de milliers d’emplois, notamment de chauffeurs collecteurs. 

  • Les ressources du BTP, c'est-à-dire les modes de construction et de rénovation qui font appel à des matériaux biosourcés ou de seconde main. Avec les Jeux Olympiques mais surtout le Grand Paris, les opportunités ne manquent pas, au contraire des ressources minérales telles que les granulats ou le sable. De quoi développer de nouveaux métiers, tels que celui d’agent de déconstruction. 

  • Les recycleries, enfin, présentent un potentiel particulier. Ces structures de réemploi d’objets d’occasion répondent à une demande croissante de la part des consommateurs et devraient bénéficier de législations de plus en plus favorables. Là encore, de développement de métiers tels que celui d’agent de réemploi est à attendre. 

Selon l’étude, ces secteurs pourraient représenter pas moins de 32 000 créations d’emplois directs d’ici 2030. Soit un potentiel, à titre de comparaison, équivalent à la moitié des emplois actuels de toute l’économie circulaire à Paris !

Un potentiel au conditionnel

Mais à quelles conditions les acteurs de l’ESS pourront-ils bénéficier de ces opportunités à horizon 2030 ? Pour répondre à cette question, l’étude identifie des facteurs de succès pour chacune de ces filières, leur évolution d’ici 2025 et 2030… et donc les actions nécessaires pour être à la hauteur ! 

La balle est tout d’abord dans le camp des acteurs de l’ESS, qui doivent se positionner sans attendre sur ces champs. Ils peuvent contribuer à accroître la sensibilité des citoyens, à former aux métiers émergents et à pousser les pouvoirs publics à mieux encourager ces activités, autant de facteurs de succès de ce scénario. 

Les acteurs publics, justement, doivent être au rendez-vous. Par leurs achats (leur exemplarité), ils peuvent encourager ces activités émergentes. Par la réglementation et la fiscalité, ils peuvent interdire certaines pratiques (telle que la destruction des invendus) et en soutenir d’autres (telles que le réemploi). Par leurs investissements en dur ou dans la formation, ils sont en première ligne pour rendre possibles ces créations d’emplois. Le projet de loi anti-gaspillage pour une économie circulaire s’inscrit, bien que timidement, dans ces évolutions. 

Les entreprises « classiques », enfin, doivent-elles rester spectatrices de l’essor de l’économie circulaire en Île-de-France ? À l’évidence non, car elles doivent également faire preuve d’exemplarité dans leurs achats et leurs constructions, et s’adapter progressivement à de nouveaux standards environnementaux. En collaborant avec les acteurs de l’ESS, elles rendront possible l’avènement de projets d’envergure.

Un exemple à suivre

Il y a, bien sûr, des facteurs externes difficiles à prévoir : les variations des prix des matières premières ou de l’énergie, les innovations technologiques touchant tel ou tel secteur… Cependant, les acteurs franciliens ont la main sur l’essentiel des leviers identifiés. Associations et entreprises d’insertion peuvent donc, en cohérence avec leurs activités actuelles, se positionner sur l’économie circulaire en toute confiance. 

Un potentiel d’autant plus intéressant qu’il n’est pas spécifique à la région francilienne… S’il existe des particularités (le Grand Paris notamment), la plupart des évolutions constatées seraient probablement valables dans d’autres régions. De quoi se mettre au travail pour impulser une économie plus circulaire, certes, mais aussi plus sociale et solidaire !


 

 

 

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