Mexique : des Français veulent lancer la « révolution des épiciers »

Mexique : des Français veulent lancer la « révolution des épiciers »

Visibles à chaque coin de rue des villes du Mexique, les petits commerces de proximité sont pourtant exclus de la vie économique « officielle ». Le projet Tenoli, financé notamment grâce à une campagne de crowdfunding, est sur le point de monter son premier centre pour aider ces échoppes de quartier à devenir plus compétitives.

Au Mexique, les entreprises se divisent en deux mondes : le premier englobe les entreprises du secteur formel qui sont tirées par de grandes multinationales, telles que FEMSA ou Grupo Bimbo. Le deuxième, beaucoup plus nébuleux et moins organisé, est constitué d’un vaste réseau d’entrepreneurs et de commerces qui échappent à la régulation de l’État, notamment de petites épiceries de proximité, souvent familiales. Celles que l’on appelle les « tiendas de abarrotes » ou « mom & pop stores » sont ancrées depuis longtemps dans la vie quotidienne des citoyens mexicains qui y achètent leurs produits de première nécessité. Elles représentent même 50 % de la distribution du pays et accueillent 100 millions de consommateurs chaque jour. Des acteurs économiques incontournables qui sont autant de lieux de vie et d’échanges. Pourtant, ces supérettes, généralement situées dans des zones urbaines défavorisées, restent dans l’angle mort de la vie économique officielle et sont marginalisées. Ce qui ne leur permet pas de bénéficier d’aides gouvernementales suffisantes à leur croissance ni de véritable accès au crédit. Autre problème : 90 % de ces tiendas de abarrotes ne se procurent la totalité de leurs produits qu’auprès de 8 distributeurs différents ; leurs marges sont, par conséquent, réduites à peau de chagrin.

« Les mom & pop stores n’ont aucune perspective et sont en situation de survie », explique Thomas Ricolfi, un ancien étudiant de HEC et de Harvard qui a créé Planète d’Entrepreneurs, une ONG dédiée à l’entrepreneuriat social à travers le monde. Il a ensuité monté en collaboration avec Nicolas Carayon (Français lui aussi) et Rodrigo Sanchez (Mexicain) une entreprise sociale baptisée Tenoli. Ce projet de social business implanté dans la banlieue de Mexico a pour objectif de fabriquer « une interaction physique, quotidienne, entre les “mom & pop stores”, les ONG et les structures étatiques », détaille Thomas, l’un des trois cofondateurs.

Un social business pérenne

Comment vont procéder les entrepreneurs de Tenoli (« pont » en macro-langue aztèque) pour sortir ces commerces de proximité de la pauvreté ? Première étape : installer des centres de soutien pour ceux qui travaillent dans ces épiceries. Deuxième étape : leur offrir une aide sur les questions de marketing et de comptabilité, ainsi que sur l’accès au micro-crédit ou pour tout autre démarche administrative. La troisième étape consiste à faire baisser les coûts des produits distribués grâce à des économies d’échelle.

Comme pour toute initiative ambitieuse, il faut trouver des sources de financement. Et les trois férus d’inclusion sociale ont déjà récolté 11 800 euros grâce à une campagne de financement participatif. Un premier pas afin d’aider les premières micro-entreprises à se développer suffisamment contre la concurrence des chaînes de magasins de distribution officielle. Mais la campagne n’est pas terminée, et les internautes ont encore quelques jours pour donner 300 000 pesos, soit 17 650 euros. L’équipe pourra ainsi « embaucher une personne de plus et impacter une soixantaine de micro-entreprises du quartier ». Outre les fonds levés grâce au crowdfunding – qui permettent de financer 3 mois d’opérations sur le terrain – Tenoli envisage de s’implanter au Mexique sur le long terme, avec un modèle économique pérenne. Ce dernier repose notamment sur des partenariats avec des entreprises mexicaines, lesquelles vont profiter des informations récoltées par Tenoli auprès des petits commerçants. Tenoli souhaite monétiser son interaction sociale avec les épiceries sous forme « d’études de marché pour les grosses boîtes, rapporte Thomas Ricolfi. En mutualisant les coûts, en agrégeant la demande des “tienditas”, en ayant une interaction quotidienne avec eux et leurs clients, nous facilitons l’accès à ces marchés pour les entreprises. Nous leur vendons de l’information, un accès physique et une stratégie d’inclusion dans ces zones marginalisées ».  

Booster les micro-business

Faire participer l’économie informelle à la croissance économique du pays, c’est l’un des grands enjeux du Mexique aujourd’hui. En dépit des réformes du marché du travail lancées par le président Enrique Peña Nieto (élu en 2012), les épiceries préfèrent parfois rester à l’écart de l’économie officielle, profitant par exemple de ne pas payer de taxes de vente et conservant en général plus de flexibilité. Selon une étude du cabinet de conseil McKinsey publié en mars 2014, le Mexique aurait pourtant intérêt à intégrer ses micro-entreprises dans l'économie officielle, afin qu'elles contribuent à la croissance économique. Le cofondateur de Tenoli remarque d’ailleurs qu’il y a « de plus en plus de programmes et d’organismes publics destinés à aider les micro-business ».

Grâce à l’argent récolté jusqu’à présent, les trois fondateurs pourront déjà construire en février prochain leur premier centre de soutien, situé à Iztapalapa, en périphérie de la capitale Mexico. Ils auront également la possibilité d’embaucher les trois premiers employés qui suivront une trentaine de tiendas de abarrotes. Si chaque pays d’Amérique latine présente ses propres particularités, Thomas imagine qu’il est possible de répliquer ce social business hors des frontières du Mexique. Car le Brésil, l’Argentine, le Pérou, voire des pays africains ou asiatiques, ont aussi leurs « tiendita de abarrotes ».

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